jeudi 3 juillet 2025

Jeudi 03/07/2025


Après quelques jours d’infidélité, je retrouve le train, et cela pour la dernière fois cette année. Ces quelques lignes sont donc les ultimes de ce recueil. Ce petit challenge - écrire chaque jour dans le temps que me donne le court trajet en train - aura ainsi été relevé, la gageure n’était pas impossible, et ce fut avec un grand plaisir que j’ai noirci régulièrement ces pages de carnet. La version définitive est réellement celle rédigée dans le train à l’exception de quelques fautes ou tournures de phrases corrigées. Ce qui m’a soutenu, porté même, c’est le plaisir pris à écrire, l’assouvissement de ce besoin de coucher sur le papier ce qui me venait à l’esprit, comme un grand verre d’eau qu’on boit en pleine canicule. Cette urgence de l’écriture, ce sprint de quelques minutes pour mettre en forme le chaos intérieur, tout cela a été plus qu’un exercice technique, cela m’a permis de creuser au fond de moi les mines recelant les veines de minerais qui font ma vie, j’ai dû aller chercher dans mon expérience personnelle ce qui me semble relever du commun des hommes donc de l’universel. Cette exigence que je me suis donnée a finalement renforcé de manière décisive mon besoin absolu d’écrire, cette nécessité que j’ai toujours ressentie de donner corps à l’informe magma intérieur.



Je remercie celles et ceux qui ont pris le temps de lire ces quelques pages. Être lu quand on a écrit comble l’esprit et le cœur, donne l’impression d’exister sur un autre plan que la réalité. Alors : merci !

jeudi 26 juin 2025

 Jeudi 26/06/2025


L’eau… l’eau est retombée aujourd’hui, et cela faisait longtemps qu’il n’avait pas plu. Cette eau-là était la bienvenue, elle a fait baisser les températures au petit matin, elle a abreuvé les plantes assoiffées, elle a rafraîchi les visages et les corps qui se pressent sur les trottoirs. Et c’est la même eau qui nous soutient en suspension, sous le soleil méditerranéen et au milieu d’un doux clapotis, dans ces petites criques entourées de rochers blancs, des calanques à la mer Égée, de Majorque à la Corse. C’est la même eau dans laquelle je jouais, tout petit, dans le vallon de Saint Barthélémy, à Salernes, et qui m’obéissait au gré des petits barrages que j’y faisais ou des canaux dans la boue qui irriguaient de minuscules bassins me paraissant des lacs. C’est cette même eau qui me trempait de la tête aux pieds, lors de ces mois de juin de mes années d’école primaire, comme je l’ai déjà raconté, lorsque nous faisions avec un ami de longs allers-retours entre nos maisons, sous la pluie d’été bienfaitrice. C’est cette même eau qui donne son parfum lourd au bitume dans la chaleur estivale, ou leur odeur fongique aux feuilles d’automne qui pourrissent sous les platanes. L’eau de Bachelard, symboliquement profonde, l’eau de source qui nous engloutira, l’eau bénite, l’eau de vie, l’eau essentielle, l’eau primordiale.

lundi 23 juin 2025

Lundi 23/06/2025


Hier, nous avons vu Avignon, au cinéma, une jolie comédie dont l’histoire s’inscrit pendant le festival et aborde les affres que peut connaître une troupe en venant jouer dans la Cité des Papes. Outre un scénario sympathique digne d’une bonne comédie (qui d’ailleurs pourrait se jouer au théâtre…), il y a une vision très juste de la vie avignonnaise pendant le mois de juillet, et sur le rapport que la ville entretient avec le théâtre. « On vit mille vies » dit un personnage à un moment, et c’est exactement cela. Avignon met son masque de comédie dès les premiers jours de juillet, l’austère et belle ville papale se transforme en Arlequin l’espace d’un petit mois, avec ses guenilles multicolores et ses faux-semblants qui font rire et pleurer à la fois. Mais elle devient aussi la cité de la vérité mise en scène, de la catharsis par le rire et les larmes. C’est tout un monde concentré, la comédie sociale en miniature, avec ses acteurs, son hypocrisie et ses coups bas, mais aussi avec ses espoirs foisonnants, cette joie d’être rassemblés pour le meilleur et pour le pire, mais rassemblés. Et puis, au milieu de la foule d’Avignon, du foisonnement d’affiches et de théâtres ouverts dans les lieux les plus improbables, on imagine mille histoires, mille intrigues, mille sentiments, mille univers… On a bien l’impression de vivre les « mille vies » du film. C’est cela le grand souffle d’Avignon !

samedi 21 juin 2025

 Vendredi 20/06/2025


Pour une fois, je ne publierai pas les quelques lignes rédigées ce vendredi… Après relecture, elles me semblent ineptes, sans aucun intérêt. Il est toujours difficile d’apprécier ce qu’on a écrit à chaud, mais là, la sentence est immédiate et sans appel : cela n’a aucune valeur ! On pourrait rédiger tout un paragraphe sur ce jugement, mais je ne vais pas tricher et je me tiendrai à la règle : ne publier que ce qui a été écrit pendant le trajet en train.

jeudi 19 juin 2025

Jeudi 19/06/2025


Petite fiction aujourd’hui…

Lucie errait dans les rues de la grande ville, un peu au hasard, un peu pour fuir. Pour fuir quoi ? Elle ne savait pas très bien, ou plutôt c’était complexe. Elle fuyait son petit appartement donnant directement sur un autre appartement habité par un couple en tous points semblable au sien, elle fuyait le vide du foyer où, depuis des années, elle faisait face à celui qui devenait peu à peu l’incarnation d’un ennemi placide et sournois. Elle fuyait le vide. Au hasard des rues, elle parvint devant la façade néoclassique du musée de la ville. Sans trop savoir pourquoi, elle décida d’entrer, peut-être par curiosité, elle n’y était jamais allée, peut-être parce que c’était le contraire d’un bâtiment vide, il devait être plein, plein de quelque chose. Elle erra un peu dans le hall, dans les couloirs, puis commença à arpenter les salles, à voir de quoi était plein cet antre inconnu. Elle voyageait d’un paysage de montagne à une scène intimiste, d’un salon bourgeois empli de plantes à une mer encombrée de navires. Et puis elle se figea. Devant elle, un désert brûlant offrait ses dunes à l’infini. Il n’y avait rien d’autre, rien d’autre que ce petit point dans la fournaise, là-bas à l’horizon. Elle s’approcha, s’approcha. Le gardien du musée aurait juré qu’une femme était entrée, mais il ne l’avait jamais vue ressortir. Il chercha bien un peu, puis se résolut à fermer, il était dix-huit heures.


 Mercredi 18/06/2025

Revenons sur ces trajets passés à griffonner rapidement quelques phrases. Un coup d’œil à travers la vitre du train me fait percevoir la réalité comme une continuité floue qui disparaît dès qu’elle est apparue. C’est évidemment une formidable métaphore de notre vie. « Formidable » au sens étymologique du terme, car elle en semble le calque de manière étonnante, mais aussi car elle peut apparaître comme assez effrayante. La vie rapide et la disparition étroitement liées, la chute dans l’oubli de ce qui faisait notre intérêt… C’est probablement ce qui a dû déclencher cette envie d’écrire dans le train au cours de ces brefs trajets, cette analogie profonde du déplacement et du temps qui passe. La quantité de souvenirs et d’écrits sur un passé plus ou moins lointain montrent bien ce lien avec le cours du temps, de la vie qui passe, riche, dense, mais qui passe...Et dans le même temps, dans cet écoulement, pendant ces trajets, je suis immobile et j’ancre ces moments dans un présent intangible.

mercredi 18 juin 2025

Mardi 17/06/2025


Peut-être l’ai-je déjà rapporté dans ces quelques lignes quotidiennes, je ne sais plus… Il commence à y en avoir beaucoup. Si ce n’est pas le cas, voilà un des souvenirs marquants qu’il me reste de mon père. En tant qu’aîné, j’ai dû avoir droit à un traitement spécial, aussi avait-on quelques rites qui nous appartenaient à tous les deux. L’en d’entre eux était d’aller, le week-end, voir le match de rugby qui opposait Dieulefit à un club de la région, le plus souvent drômois ou ardéchois. A l’arrivée, il y avait d’abord l’odeur d’herbe coupée, humide, fraîche, qui se mêlait à celle de cette terre noire et grasse qui part en mottes entières, comme labourée par une charrue primitive. Et puis venait le match, ou plutôt une mêlée infâme de quatre-vingts minutes, sauvage comme le rugby de village, aux règles aléatoires, aux bagarres moins aléatoires, les corps fumaient, ça éructait, ça grognait… A la mi-temps, mon père m’emmenait à l’une de ces buvettes des années soixante-dix, en fine plaque de béton, et il me commandait systématiquement un Orangina, dans ces bouteilles à la panse arrondie et rugueuse. J’étais au paradis, c’était « mon » moment, la grande complicité avec mon père. J’ai encore dans la bouche le goût de cette boisson. Ensuite nous repartions regarder la seconde mi-temps et j’en profitais pour faire des acrobaties sur l’une des barres métalliques blanches entourant le terrain. Le dimanche se poursuivait à la maison, avec le poulet-frites traditionnel et les occupations de fin de week-end. Bonheurs et goûts d’enfance.

Jeudi 03/07/2025 Après quelques jours d’infidélité, je retrouve le train, et cela pour la dernière fois cette année. Ces quelques lign...