lundi 26 mai 2025

 

Lundi 26/05/2025


Ma mère aimait Jérôme Bosch. Dans les années 1980, au musée du Prado, nous étions restés un long moment devant le Jardin des délices à détailler et commenter ensemble ces scènes improbables. Ma mère, derrière ses airs solides et décidés, était en perpétuel déséquilibre. Les seize ans de son mariage avaient été une parenthèse de stabilité et de bonheur paisible entre une jeunesse compliquée marquée par des difficultés à faire sa place à l’école, en société, et la période ayant suivi la mort de mon père, où il fallait survivre affectivement et professionnellement, et avec quelle énergie le fit-elle ! Mais intérieurement, on sentait la fragilité du déséquilibre, la menace permanente de la perte de contrôle. Ceci n’arriva quasiment jamais, à ce qu’il semble. Mais ma mère était instinctive, ses attirances artistiques en disaient souvent long. Ainsi cet amour pour Bosch et ses êtres monstrueux, fantastiques, ses univers d’outre-raison, devait faire écho à son intérêt pour la marginalité psychique ou comportementale : elle était éducatrice spécialisée et côtoyait depuis longtemps des enfants dont les troubles mettaient au jour la part la plus « primaire » de l'homme. Il faut dire que chez Bosch, ces êtres étranges, mi humains, mi bêtes, se livrant à des actes relevant du « bas », la dévoration, la défécation, le sexe, renvoient à nos fonctionnements les plus « primitifs », si cachés mais si révélateurs de ce que nous sommes réellement : des animaux mal dégrossis.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Jeudi 03/07/2025 Après quelques jours d’infidélité, je retrouve le train, et cela pour la dernière fois cette année. Ces quelques lign...