mercredi 21 mai 2025

 

Mercredi 21/05/2025


Drôle de moment que cette grande adolescence où l’on sort tout juste d’une longue période passée dans un cocon où tout nous était mâché, où l’on nous tenait encore la main dans bien des domaines, où l’on était accompagné avec une gentille autonomisation que l’on réclamait sans la vouloir totalement. Et puis en quelques mois, quelques années tout au plus, on est lâché, lâché dans la jungle de la vie sociale, lâché dans les méandres de l’administration, lâché dans le labyrinthe des études, lâché dans l’inconnu d’une vie affective à construire… lâché. C’est très dur, quoi qu’on en pense. Et il est très difficile, lorsqu’on est devenu adulte, de se mettre à la place de nos grands adolescents qui vivent tous ce moment charnière à leur façon, complexe quoi qu’il en soit, et qui va déterminer tant de choses pour la suite. Les aider à prendre ce virage est la seule chose qu’on puisse faire. Cela ne se fait pas sans cris, heurts et tensions, il est certain qu’on ne fera jamais exactement ce qu’il convient, nous ferons des erreurs, mais c’est le fait d’accompagner, d’être là, qui importe, et nous erreurs potentielles sont aussi l’exemple qu’on qu’on veut leur donner : être adulte, ce n’est pas être parfait. L’acceptation du défaut et de la faiblesse est peut-être la clef pour entrer de plain pied dans la vie adulte.

mardi 20 mai 2025

 

Mardi 20/05/2025


L’actualité est lourde, on promet, on attend, on est impuissant… et si on exprimait les choses par une petite fable vite troussée ?


Au-dessus des ruines volait un pinson.

Sous son ventre la ville n’était que gravats,

Il cherchait où manger, où faire sa maison,

Il n’avait plus d’espoir, allait se poser là,

Au loin planait un aigle

Sans foi, ni lois, ni règles.

Il aperçut le petit volatile,

Et le trouva bien vite fort utile

Pour assouvir sa cruauté

Et pour en faire son dîner.

Le pinson résista, accomplit mille exploits,

Il crut en réchapper, mais enfin il céda.

L’aigle ne fit de l’oisillon

Qu’une bouchée de vrai glouton.

Mais bientôt on put voir arriver dans le ciel

Des nuées de pinsons volant à tire d’aile,

L’aigle fut repoussé loin des champs de ruines,

Et le monde loua à jamais leur courage

En dressant une stèle en la cité bédouine

Pour refuser la haine accouchant des carnages.


Deux fois cinq ou six minutes, c’était un peu court, les deux ou trois derniers vers ont été écrits à la maison...

lundi 19 mai 2025

 

Lundi 19/05/2025


Lorsque j’étais petit, nous allions écouter des concerts de musique classique avec ma mère. C’était toute une cérémonie : on s’habillait « bien », on laissait le reste de la famille à la maison et on partait « en ville », principalement à Dieulefit, et le plus souvent au temple protestant. Ma mère devait se dire qu’elle formait mes oreilles ainsi, et c’était assez vrai. « Assez » car il arrivait fréquemment que dans la soirée je m’allongeasse sur le banc de bois, inconfortable, du lieu de culte, et que Morphée vînt me chercher. Mais en réalité, cette entrée dans le sommeil lors d’un concert n’a jamais été une chute brutale, elle a toujours été progressive et en lien étroit avec la musique écoutée. Celle-ci, surtout chez Bach, semblait former dans mon esprit des architectures, des fulgurances visuelles qui s’accrochaient les unes aux autres pour s’élancer haut dans un espace fictif, abstrait, c’était des explosions de couleurs qui se répondaient ou se suivaient, des marches qui s’élevaient en cadence vers un lointain sans cesse repoussé… Aujourd’hui je me plonge avec délectation dans ces univers fantastiques qui, dans mon enfance, devenaient le berceau accueillant mon sommeil bienheureux.

vendredi 16 mai 2025

 

Vendredi 16/05/2025


Qu’est-ce qui intéresse tant dans l’art photographique ? Pourquoi, à notre époque farcie d’images, la photographie, celle qui s’expose sur les murs des galeries, des musées, dans les magazine d’art, pourquoi la photographie, donc, attire-t-telle toujours autant le public, et peut-être même de plus en plus ? La question a-t-elle même une réponse ? Il est probable que la photo apporte plus que le simple témoignage d’un instant figé. Walter Benjamin et d’autres théoriciens ont analysé en profondeur le problème, je n’ai pas la prétention de rivaliser. Pour ma part, une photo que je propose doit, dans la mesure du possible, « dire » un moment du réel capturé, c’est à dire exprimer un discours, un développement de la chose photographiée pour en faire un élément de récit, mais elle doit aussi être l’expression de mon rapport au monde, et enfin avoir une dimension esthétique qui puisse éventuellement plaire, et au moins intéresser. Mes photos ne sont pas les meilleures, comme mes productions écrites probablement, mais elles sont une proposition d’interprétation du réel qui peut amener à approfondir la réflexion générale sur nos liens avec ce qui nous entoure. Et c’est pourquoi j’ai tant de plaisir à contempler les photos des grands photographes : leur vision des choses enrichit la mienne et m’aide à dépasser le rapport immédiat que j’ai avec elles.

jeudi 15 mai 2025

 

Jeudi 15/05/2025


Étudiant à Paris, j’avais beau avoir mes amis avec qui nous menions belle vie, j’aimais tout de même les activités solitaires que m’offrait la capitale. J’arpentais les quartiers un à un, à l’affût du moindre détail insolite ou qui appelait à la réflexion historique, sociale, architecturale, j’allais à tous les cours possibles, ceux auxquels j’étais régulièrement inscrits, en littérature et en histoire de l’art à la Sorbonne, mais aussi à d’autres qui ne faisaient qu’entretenir sans l’étancher ma soif d’apprendre : les cours de l’École du Louvre, ceux de Nahuatl aux Langues Orientales, les séminaires du Collège de France, très régulièrement, diverses conférences… Et puis j’aimais les bibliothèques, j’y passais du temps, à n’importe quelle heure. La bibliothèque de la Cité Universitaire était ouverte jusqu’à vingt-deux heures, je gambadais de livre en livre, un peu pour mes études, beaucoup pour le plaisir de papillonner ; Beaubourg était populeuse, mais avec un accès libre à un nombre d’ouvrages faramineux, j’y voyageais à l’infini ; la bibliothèque de la Sorbonne ou la bibliothèque Sainte Geneviève étaient impressionnantes avec leur décor, leurs velours, leurs boiseries, leurs ors ou leurs fontes, et leurs trésors livresques, le sérieux de l’atmosphère et des ouvrages reliés cuirs qu’elles proposaient, et que dire de la petite bibliothèque Jacques Doucet où le portrait de Jeanne Duval par Baudelaire me faisait de l’œil pendant que je faisais mes recherches. Cette vie n’est pas révolue, elle est toujours en moi, et je revis ces instants dès que je suis à Paris, ou dans ma bonne ville qui possède aussi de belles bibliothèques et des occasions d’apprendre innombrables.

mercredi 14 mai 2025

 

Mercredi 14/05/2025


Pas de grand voyage en vue cet été, de destination lointaine qui nous oblige à une préparation serrée et nous offre des rêves sans fin. Certes, tout déplacement est une découverte et faire quelques dizaines de kilomètres peut fournir autant de nouveauté qu’un trajet à l’autre bout du monde, et il est toujours fort plaisant de découvrir des architectures inédites, des paysages inconnus, même proches ; mais le voyage lointain, l’espace-temps traversé pour tomber dans un ailleurs radicalement autre, l’exotisme absolu, tout cela procure une excitation différente, un petit goût de risque, calculé, mais de risque tout de même, le plaisir de devoir affronter une masse d’impondérables loin de chez soi. J’avoue que cette absence d’aventure me manque un peu cette année… Le voyage, même au vingt et unième siècle, titille toujours autant la fibre exploratrice.

mardi 13 mai 2025

 

Mardi 13/05/2025


Peu inspiré aujourd’hui… le « souffle » est un peu court, l’inspiration étique. Nous avons été réveillés, ce matin, par une secousse sismique. Parler d’un tremblement de terre serait exagéré, le niveau 3 n’étant pas suffisant pour faire réellement des dégâts. Mais cela a suffi pour rappeler à quel point nous ne maîtrisons pas notre environnement, même si nous l’influençons parfois, et à quel point nous devrions apprendre à nous adapter à lui. Au lieu de cela nous poursuivons depuis des siècles le rêve de nous « rendre maîtres et possesseurs de la nature ». Même en mettant de côté notre prétention à tout asservir, comment en sommes-nous encore à nous battre sans cesse entre nous pour des raisons qu’on aurait bien du mal à trouver ?… Les relations entre individus, entre groupes, entre peuples sont évidemment complexes et la préservation des intérêts des uns et des autres mènent parfois à des conflits, mais il est toujours étonnant de se dire qu’après quelques millions d’années de vie sociale, nous en sommes toujours à imaginer les moyens d’éliminer l’autre, ce qui peut légitimement apparaître comme la pire action envers ses congénères. Au lieu de cela, toute notre énergie ne devrait-elle pas concerner notre rapport à l’environnement, le seul objet de réflexion digne d’intérêt ? La nature et ses terribles cataclysmes devrait nous apprendre à tout relativiser et à nous comporter enfin en adultes.

Jeudi 03/07/2025 Après quelques jours d’infidélité, je retrouve le train, et cela pour la dernière fois cette année. Ces quelques lign...