Jeudi 22/05/2025
Il y avait Beauvallon. Beauvallon était une maison d’enfants fondée par deux femmes, bientôt rejointes par une troisième, et située à Dieulefit. Orphelin après la seconde guerre, mon père y fut placé après une errance d’institutions en orphelinats où il était plus ou moins bien traité. Beauvallon fut son havre, son paradis, sa famille. Il y était libre, mais avec des règles, considéré en tant qu’individu mais dans une communauté. On y lisait, on y faisait du sport, on y apprenait. Beaucoup de pensionnaires devenaient éducateurs. Ce fut son cas. Et lorsqu’il y fut nommé au début des années 1970, ma mère ne fut pas ravie qu’il retournât dans ce cocon qui venait un peu concurrencer le cocon familial qu’il avait déjà formé avec son épouse et ses trois enfants. Mais il fallut y retourner, et en ce qui me concerne, ce fut une découverte réellement extraordinaire : avec des paysages environnants faisant rêver, comme cette « sablière » fantastique pour un enfant, petit Colorado drômois merveilleux ; avec son ambiance de communauté paisible ; avec ses odeurs de soupe dans la grande cuisine ; avec mes camarades de classe Florence, Françoise ou Rose, dont les parents travaillaient là et que je retrouvais parfois pour jouer ; avec ses occasions de rencontres étonnantes comme celle de Coline Serreau et de son frère Nicolas, dont le fils avait à peu près mon âge. Nous y passions du temps hors du temps, et le souvenir en est toujours vif.