jeudi 5 juin 2025

 

Jeudi 05/06/2025


Ces jours-ci le sport français nous apporte des joies collectives, une tension positive aux conséquences réjouissantes, grâce à des spectacles qui font plaisir à voir et à la satisfaction de résultats valorisants. La réussite de nos sportifs par une identification factice, peut-être, mais indiscutable, semble rejaillir sur le moral de chacun des membres de cette communauté d’histoire, de destin, de disputes et de réconciliations, de drames et d’émotions, qu’on appelle le peuple français. « Communauté », « peuple », c’est bien de cela qu’il s’agit en ce moment où sans raison valable autre que l’ambition de quelques uns à vouloir dominer les siens et les autres, les haines se déchaînent, les violences sont libérées comme la guerre du tableau de Rousseau. Le mot « ensemble » me paraît le maître mot de l’époque : il est l’idéal nécessaire auquel nous n’avons pas d’autre choix qu’aspirer, il semble être ce qui hante les esprits sans toujours se manifester clairement, il sert de repoussoir pour tout ceux qui ont intérêt à diviser ou qui préfère se laisser aller avec facilité au repli sur soi, d’autant plus douillet qu’il est protégé par la « communauté », un « ensemble » paradoxalement compris comme un obstacle au bonheur individuel, alors que, comble de l’ironie, il en est la clef. « Ensemble » est le ciment et le terme de nos constructions collectives, « ensemble » devrait être notre unique objectif, et pourtant cet « ensemble » est aujourd’hui tellement facilement mis à mal. Vive le sport (français...) !

mercredi 4 juin 2025

 

Mercredi 04/06/2025


Certains souvenirs sont plus tenaces que d’autres, c’est logique et sain : nous ne pouvons pas tout garder en mémoire comme un héros borgésien, ce serait une souffrance abominable. Le tri est indispensable à notre survie mentale. Curieusement, il me revient à l’esprit ce petit matin, lorsque j’étais adolescent, en Espagne, dans la Mancha : nous nous étions arrêtés, avec notre mini camping-car, au milieu d’un pré de belle facture, à côté d’un abreuvoir où un robinet fournissait l’eau nécessaire à la vaisselle et à la cuisson des pâtes. La soirée était paisible sous le ciel limpide devant d’infinis moutonnements de collines pelées. Il ne manquait que les moulins du Quichotte. Deux ou trois des frères avaient dormi à la belle-étoile, sur des matelas posés à même l’herbe, près de l’abreuvoir. Et au matin, quelle ne fut pas notre surprise de nous réveiller entourés de plusieurs dizaines de moutons, serrés autour de nos couchages, nous englobant dans leur foule dense et chaleureuse ! Ces moutons étaient seuls, sans berger apparent, sans chien pour veiller sur eux. Leur proximité était à la fois apaisante et inquiétante, comme ce que je ressentais à la même époque quand il fallait me mêler à une foule.

mardi 3 juin 2025

 

Mardi 03/06/2025


Notre seconde fille a reçu hier les premiers résultats de Parcoursup, de ses affectations dans des établissements d’enseignement supérieur. Prise déjà à Aix et Lille, elle n’est pas sûre d’aller dans ces deux endroits, mais elle est sûre d’avoir quelque chose. Les sentiments sont mêlés, entre joie et fierté de la voir aborder une nouvelle partie importante de son existence, et pincement au cœur de la voir nous quitter… même si depuis un an ou deux elle menait une existence largement autonome à Avignon, depuis la maison. Elle fait partie depuis dix-huit ans de notre paysage affectif et matériel, elle nous est consubstantielle, et là, c’est la grande coupure qui s’annonce. Ce sera progressif, peut-être, elle reviendra souvent, puis moins, fera sa vie, mais nous allons nous retrouver à deux pour recommencer une vie de simple couple, plus libre, plus souple, une seconde jeunesse. Mais avons-nous eu réellement le temps de vieillir ? Cet épisode de vingt-cinq ans semble avoir filé comme un TGV, avec son lot d’événements pour la plupart heureux, parfois moins, mais toujours d’une grande richesse. Notre fille est prise en fac !

lundi 2 juin 2025

 

Lundi 02/06/2025


Quelques jours passés dans le sud du sud et nous voilà requinqués ! Nous avons fait le plein de ce qui nous paraît essentiel : la culture, le soleil, la mer, les proches. Deux expositions d’abord, d’œuvres datant des mêmes périodes : Niki de Saint Phalle à Aix et Dubufet à Giens. Si l’exposition sur Niki de Saint Phalle, dans l’écrin du XVIIIème siècle de l’Hôtel de Caumont, était d’un intérêt et d’une richesse qui ne nous ont pas surpris, malgré son caractère assez succinct, l’exposition au musée du Niel, à Giens, sur Dubuffet et ses contemporains, était une très belle surprise, montrant que cet art non pas réellement « brut », mais plutôt « direct », massif, sans apprêt, un art sans artifice, pouvait donner naissance à des œuvres parfois d’une grande finesse (on pense aux tableaux de Baya) et toujours d’une grande force expressive. Et puis ce fut la mer, tout le long de la côte varoise de Giens à Bandol, dans cette eau à peine fraîche, au grand soleil du sud qui vous chauffe sous la mince pellicule d’eau salée qui va et vient sur votre peau, au rythme d’une houle légère. Ces baignades ont toujours le don pavlovien de me transporter sur la plage où Meursault se laisse flotter entre deux eaux, entre deux oublis. Et puis il y eut les grands repas et les grandes discussions familiales, aux interpellations nombreuses, autant que les rires ou les indignations. Ce fut un avant-goût d’été, l’été de nos vies épanouies et lumineuses.

mardi 27 mai 2025

 

Mardi 27/05/2025


En ce matin printanier où une sinusite allergique n’empêche pas de sentir les odeurs fraîches et les parfumes subtils, il me remonte par les narines ces chocs olfactifs ressentis ici et là. Dès la descente de l’avion, dans certains pays d’Asie notamment, vous êtes pris par une puissante odeur qui vous accompagne tout le séjour, comme la couleur du ciel ou le parler des autochtones. Ainsi, en débarquant à New Delhi, une odeur lourde, presque écœurante me saisit un jour, odeur de transpiration mêlée d’encens passé, d’épices trop chargées, rien de très agréable, plutôt un remugle puissant qui ne vous quitte plus, où que vous alliez, où que vous soyez. En Israël, dans le jardin d’un kibboutz au-dessus du lac de Tibériade, une fleur de tiaré enchanta nos narines, nous transporta non pas « loin », mais « profondément » dans un bain de douceur et d’harmonie. En Corse, le parfum des immortelles au grand soleil d’été nous remuait l’âme, nous attirait à travers les herbes rases de la plage de Saleccia comme le joueur de flûte de Hamelin. Une distillerie de whisky d’Écosse exhalait tellement l’odeur douceâtre de la liqueur de malt qu’on en était presque incommodé… ou incité à déguster le précieux nectar. Par l’évanescence des sensations qu’elles offrent, les odeurs procurent un plaisir proche de celui que fait naître la musique, les représentations géométriques intérieures en moins.

lundi 26 mai 2025

 

Lundi 26/05/2025


Ma mère aimait Jérôme Bosch. Dans les années 1980, au musée du Prado, nous étions restés un long moment devant le Jardin des délices à détailler et commenter ensemble ces scènes improbables. Ma mère, derrière ses airs solides et décidés, était en perpétuel déséquilibre. Les seize ans de son mariage avaient été une parenthèse de stabilité et de bonheur paisible entre une jeunesse compliquée marquée par des difficultés à faire sa place à l’école, en société, et la période ayant suivi la mort de mon père, où il fallait survivre affectivement et professionnellement, et avec quelle énergie le fit-elle ! Mais intérieurement, on sentait la fragilité du déséquilibre, la menace permanente de la perte de contrôle. Ceci n’arriva quasiment jamais, à ce qu’il semble. Mais ma mère était instinctive, ses attirances artistiques en disaient souvent long. Ainsi cet amour pour Bosch et ses êtres monstrueux, fantastiques, ses univers d’outre-raison, devait faire écho à son intérêt pour la marginalité psychique ou comportementale : elle était éducatrice spécialisée et côtoyait depuis longtemps des enfants dont les troubles mettaient au jour la part la plus « primaire » de l'homme. Il faut dire que chez Bosch, ces êtres étranges, mi humains, mi bêtes, se livrant à des actes relevant du « bas », la dévoration, la défécation, le sexe, renvoient à nos fonctionnements les plus « primitifs », si cachés mais si révélateurs de ce que nous sommes réellement : des animaux mal dégrossis.


vendredi 23 mai 2025

 

Vendredi 23/05/2025


Mois de mai, vingt-cinq ans de ma fille aujourd’hui, mois des paillettes et du luxe. Alors qu’on nous abreuve d’images de Cannes où les strass rivalisent avec le velours rouge du tapis et où l’écologie est sacrifiée pour transporter, loger, nourrir et amuser tout le beau monde, de notre côté, dans notre modeste bourg avignonnais, nous accueillions hier soir un événement Louis Vuitton avec une ondée de ces mêmes stars qui ont dû venir de Cannes en jet ou en hélicoptère. Tout ceci ne fait pas bien sérieux au regard du simple bon sens moral d’abord : pourquoi jouer aussi servilement le jeu de ces admirations quasi religieuses pour des êtres de chair et de sang, de caprices et de bêtise, comme nous tous ? On pourrait souligner aussi les incohérences concernant ce fameux « développement durable » dont nous devons être si soucieux, et qui évidemment passe très, très en arrière des paillettes et des petits-fours. Mais en même temps, ces manifestations de soft power local ou international permettent à la France de continuer à avoir du poids dans le concert des nations. Même si c’est de façon factice, peut-être, la France « compte » encore, s’affiche, attire. Elle attire les regards, les gens et les capitaux, et sa voix peut encore se faire entendre. Si les « bonnes » et fermes décisions (humanistes, soucieuses des droits humains, de l’environnement…) sont prises, elles pèseront à un niveau que peu de pays peuvent prétendre atteindre. Un mal pour un bien, ou l’aveuglement ultime ?...

Jeudi 03/07/2025 Après quelques jours d’infidélité, je retrouve le train, et cela pour la dernière fois cette année. Ces quelques lign...