Jeudi 12/12/2024
A propos d’une petite divergence d’opinion avec quelqu’un de ma
famille, je me faisais la réflexion que ce qui fait nos goûts
littéraires est probablement à chercher dans nos premières
lectures. Je me demandai alors ce qui pourrait correspondre à mes
goûts actuels dans les livres que je lisais enfant. Aujourd’hui
j’aime une littérature qui a du souffle, avec un côté épique,
quelque chose qui « ouvre », d’un peu grandiose, mais
sans oublier un ton, une voix, une façon de narrer personnelle,
voire avec une certaine distance, et même pourquoi pas de l’humour,
signe de cette distance. Bref, il me faut un style et du souffle. En
me remémorant mes premières lectures, je me souviens de l’Aventure
à portée de main que je retrouvais dans les séries d’histoires
du « Clan des sept » ou du « Club des cinq ».
Je dévorais ces petits livres de la Bibliothèque rose, pour passer
à ceux de la Bibliothèque verte (« Larry J. Bash »…).
Manquait le style… Et puis en entrant au collège, je découvris
les romans de Jules Verne, je fus emporté loin, vers les contrées
les plus exotiques, dans des intrigues qui défiaient tout logique,
et avec des personnages qui n’étaient pas exempts de défauts,
malgré leur héroïsme, le plus souvent. Cette ironie stendhalienne
rendait la lecture de ces aventures agréable, plaisante, voire
amusante. Et de nos jours, c’est ce qui me semble manquer chez
beaucoup d’auteurs : ce souffle et cette distance.
Vendredi 13/12/2024
Hier midi, en me faisant une omelette baveuse, je me suis souvenu de
quelques rares préférences culinaires de mon père. Le temps où je
l’ai connu fut assez court, mais je me rappelle certains de ses
goûts en matière de nourriture. Il voulait toujours que son
omelette soit baveuse, il adorait aussi manger les œufs à la coque
pour se faire, et surtout NOUS faire des mouillettes. Il aimait
racler la partie blanche, légère, du camembert. Je le revois passer
le couteau sur ce pauvre fromage pour lui enlever la peau, laissant
des stries en relief. Il appréciait aussi les « omelettes
norvégiennes », dessert compliqué car glacé ET passé au
four. Mais malgré la difficulté de la tâche (c’était toujours
une longue cérémonie quand nous en mangions), je me souviens que
c’était quelque chose qu’il aimait vraiment beaucoup. Il
achetait du vin en « cubi » et avait tout un appareillage
pour le transvaser dans des bouteilles soigneusement rebouchées.
Leur lavage et leur utilisation nécessitaient du temps, entre la
manipulation de l’écouvillon, l’if pour les faire sécher, la
collection de bouchons neufs et propres… toute une aventure !
Le temps a passé, mais tout ceci reste dans mon esprit aussi frais
qu’à l’époque.
Lundi 16/12/2024
Drôle de sensation, ce matin : le train, pris deux heures plus
tard que d’habitude, me fait arriver à la gare dans une ambiance
particulière. La vie bat déjà son plein, le soleil inonde les
voies et les rues sur lesquelles se pressent des passants de tous
âges, l’œil est plus ouvert, l’esprit plus alerte que
d’ordinaire. On est sorti de « la nuit du tombeau »
pour entrer dans « l’azur, l’azur, l’azur » de
cette belle journée ensoleillée. Elle prolonge un week-end qui fut
lumineux, sur tous les plans, avec une journée passée entre amis,
une autre dans la lumière du grand soleil, dans le jardin, et
quelques occupations domestiques qui ont permis de bien se reposer…
La lumière, en décembre, peut paraître contre nature, mais notre
région nous permet d’en bénéficier fréquemment et l’on se
rend compte à quel point elle est vitale quand trois jours nuageux
nous plongent dans un marasme moral que seul un coup de Mistral peut
balayer. La lumière, c’est une vision large, claire, des choses,
c’est pouvoir porter son regard loin, au-delà des évidences,
c’est avoir l’esprit léger et glissant jusqu’au seuil de
l’infini. La vie dans ce qu’elle a de plus beau.
Mardi 17/12/2024
Dans une semaine, c’est le réveillon de Noël. Nous nous
retrouverons tous en famille, autour de la grande table achetée par
mes parents il y a presque cinquante ans. Ce sera probablement une
soirée affairée, peut-être tendue, mais aussi pleine de
plaisanteries, de rires et de surprises. Chacun sera à sa tâche,
culinaire d’abord, puis pour l’organisation de la soirée. Il y
aura le repas avec de grandes discussions… Ces rassemblements
rituels sont primordiaux pour la construction et la stabilisation de
chacun. Ils sont les constituants d’une expérience commune qui
s’élabore tout au long de la vie, ils sont le ferment actif d’une
conscience d’appartenir à un clan, un groupe, ce qui rassure et
réconforte, ils sont l’occasion de confrontations salutaires qui
évitent les crispations dues à l’éloignement et à l’isolement.
Vivement les fêtes !