mardi 27 mai 2025

 

Mardi 27/05/2025


En ce matin printanier où une sinusite allergique n’empêche pas de sentir les odeurs fraîches et les parfumes subtils, il me remonte par les narines ces chocs olfactifs ressentis ici et là. Dès la descente de l’avion, dans certains pays d’Asie notamment, vous êtes pris par une puissante odeur qui vous accompagne tout le séjour, comme la couleur du ciel ou le parler des autochtones. Ainsi, en débarquant à New Delhi, une odeur lourde, presque écœurante me saisit un jour, odeur de transpiration mêlée d’encens passé, d’épices trop chargées, rien de très agréable, plutôt un remugle puissant qui ne vous quitte plus, où que vous alliez, où que vous soyez. En Israël, dans le jardin d’un kibboutz au-dessus du lac de Tibériade, une fleur de tiaré enchanta nos narines, nous transporta non pas « loin », mais « profondément » dans un bain de douceur et d’harmonie. En Corse, le parfum des immortelles au grand soleil d’été nous remuait l’âme, nous attirait à travers les herbes rases de la plage de Saleccia comme le joueur de flûte de Hamelin. Une distillerie de whisky d’Écosse exhalait tellement l’odeur douceâtre de la liqueur de malt qu’on en était presque incommodé… ou incité à déguster le précieux nectar. Par l’évanescence des sensations qu’elles offrent, les odeurs procurent un plaisir proche de celui que fait naître la musique, les représentations géométriques intérieures en moins.

lundi 26 mai 2025

 

Lundi 26/05/2025


Ma mère aimait Jérôme Bosch. Dans les années 1980, au musée du Prado, nous étions restés un long moment devant le Jardin des délices à détailler et commenter ensemble ces scènes improbables. Ma mère, derrière ses airs solides et décidés, était en perpétuel déséquilibre. Les seize ans de son mariage avaient été une parenthèse de stabilité et de bonheur paisible entre une jeunesse compliquée marquée par des difficultés à faire sa place à l’école, en société, et la période ayant suivi la mort de mon père, où il fallait survivre affectivement et professionnellement, et avec quelle énergie le fit-elle ! Mais intérieurement, on sentait la fragilité du déséquilibre, la menace permanente de la perte de contrôle. Ceci n’arriva quasiment jamais, à ce qu’il semble. Mais ma mère était instinctive, ses attirances artistiques en disaient souvent long. Ainsi cet amour pour Bosch et ses êtres monstrueux, fantastiques, ses univers d’outre-raison, devait faire écho à son intérêt pour la marginalité psychique ou comportementale : elle était éducatrice spécialisée et côtoyait depuis longtemps des enfants dont les troubles mettaient au jour la part la plus « primaire » de l'homme. Il faut dire que chez Bosch, ces êtres étranges, mi humains, mi bêtes, se livrant à des actes relevant du « bas », la dévoration, la défécation, le sexe, renvoient à nos fonctionnements les plus « primitifs », si cachés mais si révélateurs de ce que nous sommes réellement : des animaux mal dégrossis.


vendredi 23 mai 2025

 

Vendredi 23/05/2025


Mois de mai, vingt-cinq ans de ma fille aujourd’hui, mois des paillettes et du luxe. Alors qu’on nous abreuve d’images de Cannes où les strass rivalisent avec le velours rouge du tapis et où l’écologie est sacrifiée pour transporter, loger, nourrir et amuser tout le beau monde, de notre côté, dans notre modeste bourg avignonnais, nous accueillions hier soir un événement Louis Vuitton avec une ondée de ces mêmes stars qui ont dû venir de Cannes en jet ou en hélicoptère. Tout ceci ne fait pas bien sérieux au regard du simple bon sens moral d’abord : pourquoi jouer aussi servilement le jeu de ces admirations quasi religieuses pour des êtres de chair et de sang, de caprices et de bêtise, comme nous tous ? On pourrait souligner aussi les incohérences concernant ce fameux « développement durable » dont nous devons être si soucieux, et qui évidemment passe très, très en arrière des paillettes et des petits-fours. Mais en même temps, ces manifestations de soft power local ou international permettent à la France de continuer à avoir du poids dans le concert des nations. Même si c’est de façon factice, peut-être, la France « compte » encore, s’affiche, attire. Elle attire les regards, les gens et les capitaux, et sa voix peut encore se faire entendre. Si les « bonnes » et fermes décisions (humanistes, soucieuses des droits humains, de l’environnement…) sont prises, elles pèseront à un niveau que peu de pays peuvent prétendre atteindre. Un mal pour un bien, ou l’aveuglement ultime ?...

jeudi 22 mai 2025

 

Jeudi 22/05/2025


Il y avait Beauvallon. Beauvallon était une maison d’enfants fondée par deux femmes, bientôt rejointes par une troisième, et située à Dieulefit. Orphelin après la seconde guerre, mon père y fut placé après une errance d’institutions en orphelinats où il était plus ou moins bien traité. Beauvallon fut son havre, son paradis, sa famille. Il y était libre, mais avec des règles, considéré en tant qu’individu mais dans une communauté. On y lisait, on y faisait du sport, on y apprenait. Beaucoup de pensionnaires devenaient éducateurs. Ce fut son cas. Et lorsqu’il y fut nommé au début des années 1970, ma mère ne fut pas ravie qu’il retournât dans ce cocon qui venait un peu concurrencer le cocon familial qu’il avait déjà formé avec son épouse et ses trois enfants. Mais il fallut y retourner, et en ce qui me concerne, ce fut une découverte réellement extraordinaire : avec des paysages environnants faisant rêver, comme cette « sablière » fantastique pour un enfant, petit Colorado drômois merveilleux ; avec son ambiance de communauté paisible ; avec ses odeurs de soupe dans la grande cuisine ; avec mes camarades de classe Florence, Françoise ou Rose, dont les parents travaillaient là et que je retrouvais parfois pour jouer ; avec ses occasions de rencontres étonnantes comme celle de Coline Serreau et de son frère Nicolas, dont le fils avait à peu près mon âge. Nous y passions du temps hors du temps, et le souvenir en est toujours vif.

mercredi 21 mai 2025

 

Mercredi 21/05/2025


Drôle de moment que cette grande adolescence où l’on sort tout juste d’une longue période passée dans un cocon où tout nous était mâché, où l’on nous tenait encore la main dans bien des domaines, où l’on était accompagné avec une gentille autonomisation que l’on réclamait sans la vouloir totalement. Et puis en quelques mois, quelques années tout au plus, on est lâché, lâché dans la jungle de la vie sociale, lâché dans les méandres de l’administration, lâché dans le labyrinthe des études, lâché dans l’inconnu d’une vie affective à construire… lâché. C’est très dur, quoi qu’on en pense. Et il est très difficile, lorsqu’on est devenu adulte, de se mettre à la place de nos grands adolescents qui vivent tous ce moment charnière à leur façon, complexe quoi qu’il en soit, et qui va déterminer tant de choses pour la suite. Les aider à prendre ce virage est la seule chose qu’on puisse faire. Cela ne se fait pas sans cris, heurts et tensions, il est certain qu’on ne fera jamais exactement ce qu’il convient, nous ferons des erreurs, mais c’est le fait d’accompagner, d’être là, qui importe, et nous erreurs potentielles sont aussi l’exemple qu’on qu’on veut leur donner : être adulte, ce n’est pas être parfait. L’acceptation du défaut et de la faiblesse est peut-être la clef pour entrer de plain pied dans la vie adulte.

mardi 20 mai 2025

 

Mardi 20/05/2025


L’actualité est lourde, on promet, on attend, on est impuissant… et si on exprimait les choses par une petite fable vite troussée ?


Au-dessus des ruines volait un pinson.

Sous son ventre la ville n’était que gravats,

Il cherchait où manger, où faire sa maison,

Il n’avait plus d’espoir, allait se poser là,

Au loin planait un aigle

Sans foi, ni lois, ni règles.

Il aperçut le petit volatile,

Et le trouva bien vite fort utile

Pour assouvir sa cruauté

Et pour en faire son dîner.

Le pinson résista, accomplit mille exploits,

Il crut en réchapper, mais enfin il céda.

L’aigle ne fit de l’oisillon

Qu’une bouchée de vrai glouton.

Mais bientôt on put voir arriver dans le ciel

Des nuées de pinsons volant à tire d’aile,

L’aigle fut repoussé loin des champs de ruines,

Et le monde loua à jamais leur courage

En dressant une stèle en la cité bédouine

Pour refuser la haine accouchant des carnages.


Deux fois cinq ou six minutes, c’était un peu court, les deux ou trois derniers vers ont été écrits à la maison...

lundi 19 mai 2025

 

Lundi 19/05/2025


Lorsque j’étais petit, nous allions écouter des concerts de musique classique avec ma mère. C’était toute une cérémonie : on s’habillait « bien », on laissait le reste de la famille à la maison et on partait « en ville », principalement à Dieulefit, et le plus souvent au temple protestant. Ma mère devait se dire qu’elle formait mes oreilles ainsi, et c’était assez vrai. « Assez » car il arrivait fréquemment que dans la soirée je m’allongeasse sur le banc de bois, inconfortable, du lieu de culte, et que Morphée vînt me chercher. Mais en réalité, cette entrée dans le sommeil lors d’un concert n’a jamais été une chute brutale, elle a toujours été progressive et en lien étroit avec la musique écoutée. Celle-ci, surtout chez Bach, semblait former dans mon esprit des architectures, des fulgurances visuelles qui s’accrochaient les unes aux autres pour s’élancer haut dans un espace fictif, abstrait, c’était des explosions de couleurs qui se répondaient ou se suivaient, des marches qui s’élevaient en cadence vers un lointain sans cesse repoussé… Aujourd’hui je me plonge avec délectation dans ces univers fantastiques qui, dans mon enfance, devenaient le berceau accueillant mon sommeil bienheureux.

vendredi 16 mai 2025

 

Vendredi 16/05/2025


Qu’est-ce qui intéresse tant dans l’art photographique ? Pourquoi, à notre époque farcie d’images, la photographie, celle qui s’expose sur les murs des galeries, des musées, dans les magazine d’art, pourquoi la photographie, donc, attire-t-telle toujours autant le public, et peut-être même de plus en plus ? La question a-t-elle même une réponse ? Il est probable que la photo apporte plus que le simple témoignage d’un instant figé. Walter Benjamin et d’autres théoriciens ont analysé en profondeur le problème, je n’ai pas la prétention de rivaliser. Pour ma part, une photo que je propose doit, dans la mesure du possible, « dire » un moment du réel capturé, c’est à dire exprimer un discours, un développement de la chose photographiée pour en faire un élément de récit, mais elle doit aussi être l’expression de mon rapport au monde, et enfin avoir une dimension esthétique qui puisse éventuellement plaire, et au moins intéresser. Mes photos ne sont pas les meilleures, comme mes productions écrites probablement, mais elles sont une proposition d’interprétation du réel qui peut amener à approfondir la réflexion générale sur nos liens avec ce qui nous entoure. Et c’est pourquoi j’ai tant de plaisir à contempler les photos des grands photographes : leur vision des choses enrichit la mienne et m’aide à dépasser le rapport immédiat que j’ai avec elles.

jeudi 15 mai 2025

 

Jeudi 15/05/2025


Étudiant à Paris, j’avais beau avoir mes amis avec qui nous menions belle vie, j’aimais tout de même les activités solitaires que m’offrait la capitale. J’arpentais les quartiers un à un, à l’affût du moindre détail insolite ou qui appelait à la réflexion historique, sociale, architecturale, j’allais à tous les cours possibles, ceux auxquels j’étais régulièrement inscrits, en littérature et en histoire de l’art à la Sorbonne, mais aussi à d’autres qui ne faisaient qu’entretenir sans l’étancher ma soif d’apprendre : les cours de l’École du Louvre, ceux de Nahuatl aux Langues Orientales, les séminaires du Collège de France, très régulièrement, diverses conférences… Et puis j’aimais les bibliothèques, j’y passais du temps, à n’importe quelle heure. La bibliothèque de la Cité Universitaire était ouverte jusqu’à vingt-deux heures, je gambadais de livre en livre, un peu pour mes études, beaucoup pour le plaisir de papillonner ; Beaubourg était populeuse, mais avec un accès libre à un nombre d’ouvrages faramineux, j’y voyageais à l’infini ; la bibliothèque de la Sorbonne ou la bibliothèque Sainte Geneviève étaient impressionnantes avec leur décor, leurs velours, leurs boiseries, leurs ors ou leurs fontes, et leurs trésors livresques, le sérieux de l’atmosphère et des ouvrages reliés cuirs qu’elles proposaient, et que dire de la petite bibliothèque Jacques Doucet où le portrait de Jeanne Duval par Baudelaire me faisait de l’œil pendant que je faisais mes recherches. Cette vie n’est pas révolue, elle est toujours en moi, et je revis ces instants dès que je suis à Paris, ou dans ma bonne ville qui possède aussi de belles bibliothèques et des occasions d’apprendre innombrables.

mercredi 14 mai 2025

 

Mercredi 14/05/2025


Pas de grand voyage en vue cet été, de destination lointaine qui nous oblige à une préparation serrée et nous offre des rêves sans fin. Certes, tout déplacement est une découverte et faire quelques dizaines de kilomètres peut fournir autant de nouveauté qu’un trajet à l’autre bout du monde, et il est toujours fort plaisant de découvrir des architectures inédites, des paysages inconnus, même proches ; mais le voyage lointain, l’espace-temps traversé pour tomber dans un ailleurs radicalement autre, l’exotisme absolu, tout cela procure une excitation différente, un petit goût de risque, calculé, mais de risque tout de même, le plaisir de devoir affronter une masse d’impondérables loin de chez soi. J’avoue que cette absence d’aventure me manque un peu cette année… Le voyage, même au vingt et unième siècle, titille toujours autant la fibre exploratrice.

mardi 13 mai 2025

 

Mardi 13/05/2025


Peu inspiré aujourd’hui… le « souffle » est un peu court, l’inspiration étique. Nous avons été réveillés, ce matin, par une secousse sismique. Parler d’un tremblement de terre serait exagéré, le niveau 3 n’étant pas suffisant pour faire réellement des dégâts. Mais cela a suffi pour rappeler à quel point nous ne maîtrisons pas notre environnement, même si nous l’influençons parfois, et à quel point nous devrions apprendre à nous adapter à lui. Au lieu de cela nous poursuivons depuis des siècles le rêve de nous « rendre maîtres et possesseurs de la nature ». Même en mettant de côté notre prétention à tout asservir, comment en sommes-nous encore à nous battre sans cesse entre nous pour des raisons qu’on aurait bien du mal à trouver ?… Les relations entre individus, entre groupes, entre peuples sont évidemment complexes et la préservation des intérêts des uns et des autres mènent parfois à des conflits, mais il est toujours étonnant de se dire qu’après quelques millions d’années de vie sociale, nous en sommes toujours à imaginer les moyens d’éliminer l’autre, ce qui peut légitimement apparaître comme la pire action envers ses congénères. Au lieu de cela, toute notre énergie ne devrait-elle pas concerner notre rapport à l’environnement, le seul objet de réflexion digne d’intérêt ? La nature et ses terribles cataclysmes devrait nous apprendre à tout relativiser et à nous comporter enfin en adultes.

lundi 12 mai 2025

 

Lundi 12/05/2025


Une petite rencontre avec Thomas, à la sortie du cimetière que je traverse parfois pour rejoindre la gare. Thomas est photographe et il a toujours mille projets en route. Il collait d’immenses photos de statues funéraires sur les murs extérieurs de notre nécropole municipale. Thomas crée sans cesse, intervient auprès d’associations, dans des établissements scolaires, trouve toujours une inspiration pour avancer dans son travail. Et puis il est gentil ! C’est l’incarnation même de ce que, selon moi, devrait être un artiste : le cerveau en ébullition, des idées qui fourmillent, une activité créatrice incessante, le bonheur… Pour ma part, je ressens aussi ce besoin de « faire » au sens grec du terme, de « fabriquer », « créer », « faire parvenir à l’existence », il me manque le temps, la disponibilité pour pouvoir suivre toutes les pistes qui se bousculent dans mon esprit. Et cela sans regretter une seconde mon métier d’enseignant qui ne m’apporte que plaisir et satisfaction. Comme beaucoup de monde, il me faudrait deux vies, des journées de quarante-huit heures, pour pouvoir tout faire. Mais à présent, le train revient en gare, et j’ai hâte de voir le travail de Thomas achevé.

vendredi 9 mai 2025

mercredi 7 mai 2025

 

Mercredi 07/05/2025


Puis ils sortirent de leur hébétude. « Je suis d’accord déclara Léa, après tout, nous n’avons que trois heures de cours aujourd’hui, et c’est une correction d’évaluation. » Ils se mirent en route pour l’extrémité de la ville, là où la muraille leur semblait la plus proche. Ils marchèrent un temps conséquent, se perdant en conjectures sur les raisons d’une telle apparition. Ils convoquèrent les hypothèses les plus diverses. La situation internationale était tendue, mais pas plus que d’habitude, le nouveau premier ministre était un mou velléitaire, soucieux de son image, mais peu enclin à des dépenses somptuaires ou révolutionnaires. Il n’y avait aucune tension intérieure qui justifiât un tel mur, et pour se protéger de quoi ? Non, ils n’y comprenaient rien. Ils arrivèrent bientôt au pied de la muraille, qui s’élevait en ces lieux à une hauteur prodigieuse. Ils eurent beau examiner la construction sur une longueur considérable, ils ne trouvèrent aucune porte, aucune issue, aucune fenêtre, aucune ouverture. Il n’y avait aucune aspérité pour escalader. Après une exploration ayant duré une bonne partie de la journée, ils arrivèrent à un endroit où la muraille perdait un peu de sa hauteur. De grands arbres voisins permettaient d’imaginer un accès au sommet du mur. Quelques heures furent encore nécessaire pour y grimper. Les quatre jeunes gens se juchèrent sur la crête, déposèrent leurs sacs, observèrent et ne purent croire ce qui s’offrait à leur vue : un second mur absolument identique au leur s’élevait face à eux, derrière lequel s’étendait une ville, mais une ville qui était l’exact calque de la leur, au monument près, à la rue près. Et sur le mur d’en face se tenaient quatre adolescents, deux filles et deux garçons, ayant déposé leurs sacs de cours de la même manière qu’ils l’avaient fait. La nuit tomba.

mardi 6 mai 2025

 

Mardi 06/05/2025


Un petit exercice de fiction aujourd’hui, ça repose l’esprit et c’est plaisant…


Le réveil se mit à sonner, Léa ouvrit un œil, bientôt suivie de son frère Sigfried. Dans la même rue, d’autres fenêtres s’allumaient, au même instant, donnant aux façades un air de mosaïques bariolées dans la pénombre du petit matin. Léa et Sigfried étaient lycéens, dans des niveaux de classe différents. Lorsqu’ils sortirent de chez eux à l’heure habituelle, ils se rendirent compte que quelque chose avait changé depuis la veille, mais il était difficile de savoir quoi. Ils s’engagèrent dans la rue de ce centre-ville un peu poussiéreux, la suivirent comme à l’accoutumée pendant dix minutes environ. Ils arrivèrent sur la grande place où ils furent rejoints par leurs amis Melchior et Saana. Quelque chose assombrissait l’horizon, mais quoi ? Ils poursuivirent leur route jusqu’à la rivière, et là, au-delà des arbres de la rive opposée, ils aperçurent ce qui avait changé : un mur, ou plutôt une muraille colossale se dressait au loin, semblant encercler la ville. Quel prodige avait pu avoir lieu cette nuit ? Comment un tel édifice avait-il pu être construit aussi vite, et dans quel but ? Ils se regardèrent, interdits. Puis Melchior prit la parole : « Et si nous allions voir de quoi il s’agit ? »  Ses compagnons semblaient ne pas avoir entendu.


Pour une fois, il me faudra poursuivre demain...

lundi 5 mai 2025

 

Lundi 05/05/2025


Samedi soir nous sommes allés à un soirée « swing », une danse à laquelle nous nous sommes initiés avec Mag depuis quelques années. Mon rapport à la danse a toujours été compliqué, non pas que je n’aime pas me mouvoir en rythme, bouger mon corps en suivant un tempo, mais parce que la mise en scène que suppose la danse, le plus souvent en compagnie d’autres personnes, voire en suivant une chorégraphie collective, m’a longtemps inhibé, mis mal à l’aise, jusqu’à avoir la phobie des soirées dansantes. Mais ce fut dans ma grande adolescence, et ma mère en ressentait une fierté profonde et extériorisée, que je me suis autorisé à bouger sur de la musique. Comme mon corps n’a jamais été réfractaire à l’exercice physique, j’avais l’habitude de maîtriser avec plus ou moins d’essais préalables, gestes et mouvements, ce qui n’empêchait pas l’appréhension du regard d’autrui et la gêne persistante à me trémousser en cadence. Mais peu à peu, l’âge adulte arrivant, on se contrôle, on se désinhibe, on a plus confiance en soi. Et aujourd’hui j’ai suivi mon épouse dans cette aventure du swing, encore assez peu confiant dans ma technique, connaissant le temps que cela me prend pour acquérir un geste, une passe, un enchaînement, mais sachant « me lâcher » s’il le faut et prendre plaisir à me contraindre. Que ce soit par le sport ou la danse, plier son organisme à une discipline qui fait ressentir chaque parcelle de son corps permet de se sentir en accord avec son environnement, de percevoir dans sa chair des liens étroits avec l’univers.

vendredi 2 mai 2025

 

Vendredi 02/05/2025


Le joli mois de mai… Hier étant férié, c’était la ruée vers les plages, par grand soleil et belle chaleur. Nous avions prévu d’aller aux Saintes-Maries-de-la-Mer, et nous n’étions pas les seuls : une foule de voitures créait des ralentissements, voire un bouchon, sur de nombreux kilomètres pour accéder à la ville de Sainte Sara. Nous décidâmes alors de bifurquer le long du Vaccarès et de nous rendre à Salin-de-Giraud. La route était libre, mais les abords de la plage de Piémanson étaient bien peuplés. Qu’importe ! Les lieux sont vastes, nous nous installâmes tranquillement à proximité des flots. Et ce fut comme un bain de jouvence ! Je retrouvais les sensations de tous mes étés depuis mon plus jeune âge : la chaleur était exactement au niveau de ce qui est supportable, en restant agréable, mais en exerçant juste ce qu’il fallait de cette légère morsure sur la peau qui rend la sensation délicieuse ; la mer était fraîche mais créait, lorsqu’on y pénétrait, le petit choc thermique correspondant parfaitement à l’attente, puis enveloppait le corps de son fluide léger quand on y flottait. Nous y passâmes des heures qui semblèrent des minutes, entre terre, ciel et eau, à papoter, lire, écrire, ne rien faire. Il semblait que tout était à l’unisson, en harmonie totale.


Jeudi 03/07/2025 Après quelques jours d’infidélité, je retrouve le train, et cela pour la dernière fois cette année. Ces quelques lign...