mercredi 30 avril 2025

 Place au "jour le jour" à présent...

 

Mercredi 30/04/2025


La plus petite de mes filles est majeure depuis presque trois semaines, la grande a bientôt vingt-cinq ans. Dit comme cela on ne peut s’empêcher de se dire qu’on a eu à peine le temps de se retourner et les voilà devenues jeunes femmes, adultes. C’est effrayant, bien sûr, mais c’est un sentiment qui ne s’appuie pas sur la réalité de ce qui a été vécu. En effet, ce quart de siècle qui s’achève a été d’une densité énorme. Voir grandir ses filles accélère certes la perception qu’on a du temps qui passe, mais en contrepartie ce temps qui passe est tellement rempli, plein, riche en émotions, en expériences partagées, en liens indéfectiblement tissés, en partage, en complicité, en connivence que l’impression finale n’est pas celle d’une perte mais celle d’un enrichissement extraordinaire qui a rendu et rend encore la vie belle et intense.

mardi 29 avril 2025

 

C’est aujourd’hui le dernier jour où je présente des « blocs » de plusieurs journées. A présent chaque jour, je n’écrirai que le texte du moment.



Jeudi 24/04/2025


On peut se sentir très bien dans le monde, avoir le sentiment « qu’on est à sa place », c’est à dire que son équilibre intérieur est en adéquation avec un état général de notre univers proche, il n’empêche qu’il est toujours doux et bon de sortir de son environnement familier, d’aller à l’aventure, d’ouvrir les bras et son esprit à la nouveauté et à l’imprévu. Ainsi le voyage, quelle que soit sa forme, est un puissant stimulant pour l’esprit. On part « trouver du nouveau » et pour cela on rêve d’abord, avec plus ou moins d’informations sur les lieux où l’on va, on essaie de s’imaginer, on se représente, on construit un univers mental. Cela constitue déjà un voyage en soi. Et puis il y a le départ physique, l’adaptation sur le moment à des univers qui nous sont étrangers. Et enfin, on revient, « plein d’usage et raison », apprécier nos endroits familiers et imaginer de nouveaux départs. L’habitude de voyager est une pulsation, le battement de tout notre être au monde. Mais il y a d’autres aventures à vivre, au sens étymologique du terme, d’autres façons d’être confronté à l’inconnu, à la nouveauté, d’être agréablement déstabilisé. La fréquentation de l’art est une autre aventure, une confrontation avec l’inattendu, une autre exploration d’un continent nouveau. On est plongé dans un univers totalement recréé, construit de toute pièce par l’esprit humain, aux mécanismes de fonctionnement totalement abolis. Et là encore, le retour au réel rend ce réel plus riche. La lecture enfin constitue un voyage, et un voyage nécessaire pour moi. Il n’y a pas un coucher sans lecture, sans plongée dans l’univers particulier de tel(le) ou tel(le) auteur/trice. La lecture est véritablement un merveilleux voyage, ensorcelant, envoûtant, qui vous fait tout oublier, à l’exception du développement du récit. Un enivrement de l’âme !





Lundi 28/04/2025


Samedi, nous participions à un festival international de swing dans un casino de la Grande Motte. Ce n’est pas que nous soyons d’un niveau à pouvoir nous aligner sur ces centaines de danseurs de classe mondiale, mais c’était l’occasion de voir des prestations extraordinaires, des styles merveilleux, des enchaînements hors du commun. Et puis entre deux « compétitions », nous avons pu pratiquer un peu aussi. Et cela nous a fait le plus grand bien, pour plusieurs raisons. D’abord, pour l’« égo », il est satisfaisant de se dire que nous ne prenons pas des cours depuis de nombreuses années pour rien, que nous sommes capables à présent de danser parmi d’excellents danseurs sans être ridicules… mais sans rivaliser non plus, n’exagérons rien. Ensuite, cela a permis un constat réjouissant : pris dans cette masse d’êtres humains tous venus là pour la même raison, nous avons ressenti une grande allégresse générale, une joie de profiter du même spectacle, de partager une même pratique, quel que soit le niveau…. Et cette joie était visible sur les visages, dans les mouvements des corps. C’est une véritable jouissance morale d’évoluer au milieu de nos semblables sans autre arrière-pensée qu’un plaisir simple, une joie de l’instant, au-delà de la connaissance intellectuelle des individus.





Mardi 29/04/2025


Le peuples, les lieux, les cultures qui nous sont le plus éloignés nous fascinent souvent, au point de faire parfois l’objet d’une véritable fixation. Ainsi, depuis aussi longtemps que je puisse me souvenir, les civilisations précolombiennes, et surtout celles des Andes, m’ont toujours fortement intéressé, et c’est un euphémisme. Il y a d’abord que l’éloignement est triple, pour moi : les Andes sont longtemps restées dans l’histoire totalement inconnues de notre vieux continent ; elles ont longtemps connu un développement original, différent, éloigné de nos critères de « civilisation » ; ensuite, elles sont géographiquement lointaines, une sorte de finistère, de terra presque incognita qui ne peut qu’attirer par son exotisme même ; enfin ce sont des civilisations de haute montagne, voire de très haute montagne, ou de désert aride, ce qui est bien différent du monde méditerranéen qui est le mien, monde doux et partout accueillant. Il se trouve aussi que ces régions sont riches sur le plan archéologique, autre centre d’intérêt majeur pour moi, depuis de nombreuses décennies, et j’ai même fait quelques études sur la question. De ce fait, j’ai pu me familiariser avec un univers complexe, riche, plurimillénaire, exotique au possible et en même temps si proche de nous, si semblable, mettant en lumière tellement d’invariants humains que c’en devient vertigineux.

lundi 28 avril 2025

 

Vendredi 04/04/2025


Nouveau petit challenge aujourd’hui : essayer de composer un petit poème (un sonnet ?) en alexandrins, sur le printemps, en ce début avril. En deux fois cinq minutes, il ne faut pas s’attendre à du Ronsard, mais le défi est amusant…


Le Printemps, le Printemps, naissance, renaissance,

Tout reprend, tout repart et tout s’épanouit,

La lumière revient, l’ombre s’évanouit,

La mort est oubliée, la vie éclate et danse.


Un sentiment nouveau, une nouvelle chance,

Habite nos esprits, un bonheur enfoui

Nous apaise, nous comble et puis nous réjouit

Des jours nouveaux émane une énergie intense.



Ouf ! Nous n’irons pas plus loin que ces deux quatrains, c’est proprement épuisant… mais réjouissant !



Mardi 22/04/2025


Il y a des images qui viennent imprimer nos esprits sans raison apparente. C’était il y a environ trente ans, nous étions, ma mère et moi, assis sur un talus herbeux de l’Île de Pâques. Un petit spectacle de danse traditionnelle venait d’avoir lieu. Un majestueux moaï se dressait entre la mer et nous. Le soleil déclinait puis finit par effleurer l’horizon de son rouge vif. Le moaï se trouvait dans l’axe de ce coucher exceptionnel. Le tableau était somptueux : une lande désolée, battue par les vents, une sculpture séculaire scrutant le passé de ses yeux minéraux, l’immensité du Pacifique en arrière-plan, qui venait fracasser ses vagues sur de vagues rochers, depuis des milliers de kilomètres, et le soleil baignant dans son sang au-dessus de tout cela. On eût dit un merveilleux tableau de la fin du monde, où la beauté sauvage aurait triomphé de la superbe des hommes.




Mercredi 23/04/2025


Un des auteurs et penseurs que j’affectionne tout particulièrement est Albert Camus. Je ne peux pas faire une étude exhaustive de son œuvre en quelques minutes, mais il est possible d’en dire deux mots personnels tout de même. Il y a tout d’abord cette écriture relativement simple, sans phrases trop alambiquées, sans vocabulaire trop recherché, une écriture claire, limpide, aussi limpide que le cadre de bien de ses œuvres, de fiction du moins, où le soleil éclatant joue de ses reflets sur une mer d’argent. Cette clarté de l’écriture, de la pensée et du cadre me plonge dans un ravissement sans pareil, d’autant plus qu’elle met en lumière un profond humanisme qui n’exclut pas l’expression de la complexité du monde et du cœur des hommes… et leurs contradictions. Je finis actuellement La Chute, dont le cadre est bien différent et la pensée plus sombre. Une nouvelle aventure avec cet auteur merveilleux.

dimanche 27 avril 2025

 

Lundi 31/03/2025


Les recherches généalogiques sont un livre d’aventures à taille réelle. Parmi des dizaines, des centaines de vies dont on ne sait rien ou presque, certaines sont extraordinaires et font une large place au rêve. Ainsi du côté de ma grand-mère maternelle, le dénommé Eugène Fenech eut un destin hors du commun. Sa famille avait fui Malte à l’arrivée des Anglais, car jugée trop proche des révolutionnaires français débarqués en 1798. Il avait grandi en France, sur le littoral méditerranéen et était devenu médecin militaire, suivant les troupes napoléoniennes sur divers champs de bataille. Il avait humilié Masséna, croisé la mère de l’empereur. Puis, il avait voulu planter du coton en Corse, avait créé l’hôpital militaire de Bône en Algérie, au tout début de la colonisation. Ce personnage extraordinaire m’est toujours apparu comme un homme intègre, positif, ouvert, en accord avec mes valeurs. Mais lorsque je vois qu’il est aussi l’ancêtre d’un Fenech actuel, homme politique très conservateur, voire d’extrême droite, je me dis que lui aussi doit le trouver à son goût, et donc imaginer la même proximité que moi. L’histoire est toujours perçue et retranscrite avec le filtre de notre conscience.





Mercredi 02/04/2025


Reprise du carnet après un trajet en voiture hier… et toujours cette question : pourquoi écrire ? Il y a peut-être qu’à cinquante ans bien passés, un embryon d’ambition m’est apparu, en tout cas une petite conscience que je peux faire quelque chose. C’est que cette notion d’ambition m’est réellement totalement étrangère. J’ai toujours voulu réussir ce que je faisais, j’avais à cœur de montrer que j’étais capable, mais franchir le pas de passer devant les autres, de prendre une place, de me sentir suffisamment supérieur à autrui, ou suffisamment « capable » pour prendre une responsabilité dont je me sentais indigne, cela je n’ai jamais pu le faire. Encore à présent, cette idée d’ambition m’est absolument étrangère, à peine ai-je à présent envie de montrer ce que je fais. Ainsi, j’ai vu mes amis, collègues et confrères se construire des parcours prestigieux avec les mêmes moyens que les miens, mais je n’en éprouve aucune jalousie et suis ravi de cultiver mon jardin, modestement mais joyeusement.




Jeudi 03/04/2025


Depuis que je publie ces pages sur un blog, j’ai eu quelques retours qui parfois m’émeuvent profondément et me confortent dans mon entreprise, sans flatter une quelconque « ambition » (voir les lignes d’hier). Il y a mêmes des témoignages touchants d’émotions ressenties à mes écrits. Cela me semble proprement extraordinaire, étonnant, et j’en éprouve une sorte de contentement, voire de ravissement, qui m’encourage à poursuivre. Ainsi donc, avec les mêmes doutes sur la qualité de mes écrits, je vais continuer à rédiger ces quelques lignes par jour, et à exprimer ce qui m’habite, me hante, m’indigne ou m’enchante. C’est un plaisir intense que je sais à présent un petit peu partagé.


samedi 26 avril 2025

 

Mardi 25/03/2025


Tentons donc ce nouveau challenge d’écriture :


Le soleil se levait sur la steppe de ces confins du Xinjiang et sur les baraquements qui s’étendaient à perte de vue. Ahmet, comme tous les matins sans exception, ouvrait doucement les paupières au fur et à mesure que le jour gagnait en clarté. Comme à chaque réveil, il avait mal aux mains, au dos, il ressentait une fatigue immense et avait l’impression que ses épaules supportaient des siècles de labeur ininterrompu. Il se leva, seul, but une tasse d’eau sale et planta ses dents dans un quignon de pain dur. Il s’habilla sans hâte, mais sans perdre de temps, il ne devait pas avoir de retard. Quand il sortit dans la rue poussiéreuse, face à d’autres baraquements identiques au sien, qui lui-même ressemblait à ceux de derrière, eux aussi semblables à ceux de plus loin, il se retrouva face aux mêmes fantômes que lui, hagards dans le petit matin. Et en un seul mouvement, lent et mécanique, tous se dirigèrent vers l’usine dont les hauts toits commençaient à émerger du nuage jaunâtre qui servait de ciel. Sous le regard froid et scrutateur de gardiens muets, tous entrèrent dans l’usine pour ne plus en sortir qu’à la nuit tombée, hébétés de fatigue et de faim. Le pas était lent, las, traînant, comme leur existence. Ahmet s’engouffra dans son baraquement. Il avait eu huit ans la veille.


Ouf ! Tout juste fini en arrivant à la gare.




Mercredi 26/03/2025


Le monde retombe dans un de ces gouffres insondables de la bêtise humaine, dont on a peine à chercher les causes profondes. Après avoir assis une paix de quatre-vingts ans sur l’énorme majorité du territoire européen, s’appuyant sur la certitude que le bonheur individuel passerait inévitablement par cette pacification, que diraient les sages dirigeants de naguère s’ils voyaient le triste spectacle qu’offre aujourd’hui notre continent et le théâtre des relations internationales ? La cupidité, l’envie, la mesquinerie, la soif de profit, semblent passer sans aucune retenue au-dessus de toute considération morale et humaniste. La bêtise triomphe chez les politiques comme dans les masses abruties de fausses informations et d’élucubrations informatiques en tout genre, de fake news et de distorsions de la réalité. Les vieilles recettes de la propagande d’état (photos truquées, matraquage ou saturation d’informations tronquées, détournements de vérité…) sont réutilisées à l’échelle universelle, et le pire est… que ça marche. Chacun est prêt à croire n’importe quoi, chacun est prêt à cautionner n’importe quel abus de pouvoir, de violence. C’est la défaite de l’intelligence sous le flot de l’information manipulée, et nous replongeons joyeusement dans le gouffre, sans sourciller.




Jeudi 27/03/2025


Les beaux jours s’installent, les passages au centre-ville s’allongent, le temps de faire quelques courses ou de prendre un café au Grand Café Barretta, comme hier après-midi. Peut-être l’ai-je déjà écrit, mais fréquenter ces lieux chargés d’histoire m’apporte beaucoup, me remplit d’aise. Il y a certes un snobisme évident à aller là où il a toujours été de bon ton de s’asseoir, dans un lieu qui a vu passer tant de gens marquant l’histoire culturelle des hommes, mais c’est réellement plus profond que cela. Non seulement, en allant dans ces bars, ces restaurants, qui ont reçu les grandes figures du passé j’ai l’impression de pénétrer dans un lieu plus grand que le modeste commerce qu’il représente, mais j’ai surtout la sensation d’ouvrir la caverne d’Ali Baba emplie de trésors d’idées, d’inspirations, d’échanges, de toute une vie de l’esprit immémoriale. C’est comme un souffle qui me pousse, m’envahit. Dans ces lieux, le Barretta d’Avignon, le Florian, le café de Flore, et tant d’autres encore où nous allons pendant nos voyages, il me semble que des fantômes familiers et inspirants me portent, gonflent mon esprit et le fertilisent.

jeudi 24 avril 2025

 

Jeudi 20/03/2025


Toujours cette même interrogation : où vont aller ces lignes une fois terminée cette période d’expérience scripturale ? Dans le fond elles n’ont que peu d’intérêt : vouloir refonder la littérature et la philosophie en deux fois cinq minutes par jour serait des plus risibles. Mais alors, que faire de ces pages ? Les transmettre d’une façon ou d’une autre semble être leur destination naturelle. Mais comment ne pas imposer ce pensum, peut-être, à des gens ayant payé un livre ? Les diffuser sur les réseaux sociaux paraît plus logique, mais l’intérêt chez les lecteurs est difficile à évaluer. Elles seront diffusées au petit bonheur. C’est probablement le sort de tout écrit : rester dans les limbes d’une diffusion hypothétique, et puis de temps en temps émerger parce que la mode, l’actualité ou un intérêt soudain et inattendu le mettent en lumière.




Vendredi 21/03/2025


Quand donc ai-je pris le train pour la première fois ? Les crissements, grincements et heurts divers qui m’accompagnent au moment où j’écris sont probablement le nucléus ; dans ma mémoire, de ces premiers voyages en train. Cela devait se passer dans les années 1970, entre Montélimar et Marseille. Nous devions accompagner ma grand-mère jusque chez elle, dans cette appartement bourgeois de la place Castellane où nous allions de temps en temps. Ma grand-mère n’était pas commode, non pas qu’elle fût sévère ou autoritaire, mais elle était froide, guindée et acide comme ces bourgeois intellectuels ayant traversé le vingtième siècle, sûrs de leur supériorité intellectuelle (le plus souvent réelle), de leur supériorité sociale (bien écornée, voire illusoire) et morale (totalement supposée…). Elle s’exprimait le plus souvent par jugements à l’emporte-pièce, par saillies amères ou fiéleuses. Des décennies de frustrations en tous genres, accumulées, devaient bien sortir à un moment… Elle avait choisi le moment où ses petits-enfants auraient le plus apprécié une grand-mère attentionnée.




Lundi 24/03/2025


Tant de choses se bousculent dans mon esprit, ne cherchant qu’une occasion : que je m’en serve pour rédiger mes quelque lignes quotidiennes. Comment choisir, faire le tri ? Il m’est venu une idée : rédiger, pendant les deux fois cinq minutes de trajet, un petit texte de fiction, une mini nouvelle, mais sans y avoir réfléchi auparavant (en tout cas consciemment). Et le challenge ultime serait de le faire « à la manière de ». Pour cela il faudra démarrer dès le départ du train, et optimiser le temps. Ce n’est pas que ce genre d’exercice soit très créatif, mais c’est une excellente gymnastique pour l’esprit, c’est un entraînement redoutable que d’écrire vite les idées qui vous viennent, dans un cadre contraignant. Il est possible que dès demain, je m’essaie à l’exercice, en me forçant à ne rien planifier avant de prendre le stylo, à laisser vierge la page de mon imagination. Il y a une autre dimension jouissive à cette pratique, celle d’accoucher sans grossesse d’un univers qui se crée sous vos doigts au fur et à mesure de la course de la plume, l’impression de toute puissance du créateur.

mercredi 23 avril 2025

Lundi 17/03/2025


Il est vertigineux de vouloir compter le nombre d’élèves que j’ai pu avoir devant moi, en classe, et surtout d’imaginer tous ces destins, toutes ces potentialités, actualisées ou non, et la trace de ce qu’on a pu leur apporter dans leur vie d’adultes. Mes premiers élèves vont avoir bientôt cinquante ans. Qui fait quoi, à présent ? Qui est encore en vie ? Qui a fondé une famille ? Certains ont probablement eu des enfants avant moi et sont peut-être grands-parents maintenant… Si je fais le compte, je dois en être à environ trois mille élèves côtoyés dans ma carrière. Je me souviens de certains, ici et là, même du début, mais pas de tous !… loin de là, et même en regardant mes anciennes listes d’élèves, je ne vois plus leurs visages, ils ont disparu dans les limbes du temps. Mais comme il est fascinant d’imaginer tous les possibles, toutes les destinées qui ont pu se croiser, s’ignorer, avec la petite graine que l’on a semée dans leur esprit à un moment, et qui a germé d’une manière ou d’une autre.




Mardi 18/03/2025


Il y a cinq ans, nous passions notre premier jour de confinement, réellement enfermés chez nous, à trois, notre grande fille étant en Norvège alors. Quelle chance ce fut ! Nous habitons une maison, avec un jardin, de quoi être isolés, ou vivre ensemble, de quoi être dehors à volonté ou abrités. Le printemps fut plutôt précoce et magnifique cette année-là, et le confinement fut une bénédiction pour l’âme et pour le corps. En dehors du travail à distance qui obligeait à une certaine régularité, les rythmes étaient libres, changeants. Quelques courses de temps en temps, mais rares, pour pouvoir tenir, et nous voilà sur notre île déserte, prêts à attendre la délivrance. Et quel plaisir de lire allongé sur la pelouse synthétique de la terrasse ! Quelle joie de faire un peu de sport au grand air, entre les chants d’oiseaux et le doux frou-frou des lauriers dans le vent tiède du printemps ! Il y a cinq ans nous avons vécu une parenthèse merveilleuse.





Mercredi 19/03/2025


Il y a quelques jours, venant de je ne sais où, m’est parvenue aux oreilles la chanson Les Ballons rouges de Serge Lama. Les quelques couplets entendus parlaient d’un enfant solitaire qui n’avait jamais connu le commerce de ses semblables, qui n’avait jamais partagé leurs jeux, leur vie. Et cela me replongea dans ma propre enfance, non pas qu’elle était identique, mais justement parce qu’elle m'apparaît à présent si merveilleuse, et je me dis que bien des enfants n’ont pas eu la chance que j’ai eue. Bien sûr, elle fut marquée par un drame indicible, la perte de mon père, et je ne peux souhaiter à personne de vivre une pareille expérience. Mais à côté de cela tout ce que la chanson énonce comme occasions manquées pour trouver le bonheur, je l’ai connu. Les amitiés indéfectibles qui vous faisaient raccompagner le copain, que vous veniez de raccompagner chez lui, après qu’il vous eut raccompagné d’abord chez vous ; les journées à se courir après entre frères ; les parties de billes entre un caniveau, un trottoir défoncé et une chaussée trouée ; le foot entre les voitures stationnées qui prenaient toutes les balles perdues ; les rires derrière un mur en se moquant de personnes âgées ; les baignades en bande dans le canal de Provence, baignades rigoureusement interdites, mais qui rassemblaient toute une génération dans la chaleur de l’été… Tout ceci et bien d’autres choses, je l’ai connu, il a fait le sel de mon enfance, il m’a apporté mes grandes joies, mes plaisirs, mes rires, mes angoisses aussi, mes larmes parfois, mais il m’a fait. Je n’ai jamais été l’enfant seul des Ballons rouges !

mardi 22 avril 2025

 

Mercredi 12/03/2025


Petite pause-trajet-en-voiture hier… mais nous voilà repartis pour de nouvelles aventures.

Parfois l’actualité, les événements qui font l’histoire contemporaine me semblent répondre aux mêmes mécanismes mystérieux mais cycliques qui président aux mouvements des vagues, du ressac. C’est toujours différents dans le détail, mais cela revient sous des formes semblables régulièrement. Des tensions, des soifs de pouvoir, des peuples désorientés prêts à suivre n’importe quel leader dément et à foncer dans un mur qu’ils attribuent ensuite à ce même leader… Une auto-épuration ethnique absurde qui n’aboutit qu’à créer les conditions de tensions futures. Et cela revient, disparaît, revient, repart, revient, sans cesse, toujours ce jeu du ressac, et de ces mêmes vagues qui se brisent, se pulvérisent sur les mêmes rochers, qu’elles connaissent si bien et contre lesquels elles se fracassent si volontiers.




Jeudi 13/03/2025


Mon temps libre est perpétuellement occupé à des pensées domestiques, à des projections, des attentes, des projets qui oblitèrent souvent la jouissance du moment en alourdissant la « charge mentale » courante. Mais nous sommes un foyer uni, avec une grande adolescente encore à la maison, et cette « charge mentale » est plutôt bien partagée, et donc allégée. Lorsque je me retourne vers le passé, j’essaie d’imaginer ce que ma mère a pu vivre. Devenue veuve alors que l’aîné des ses fils n’avait que douze ans, mise au pied du mur sur le plan professionnel alors que cela faisait une bonne dizaine d’années qu’elle n’avait pas travaillé, angoissée, pressée… comment a-t-elle pu faire ? Je ne parle pas de l’aspect matériel, qui est une construction toute à l’énergie, ce dont elle n’a jamais manqué, mais de l’aspect psychologique et nerveux. Cette charge mentale partagée qui plombe souvent notre quotidien, comment a-t-elle pu l’assumer durant toutes ces décennies ? Comment a-t-elle gardé en elle toute cette tension du quotidien, ces inquiétudes, ces angoisses ? Comment a-t-elle surmonté les difficultés, les obstacles, seule, sans nous en faire pâtir ? Quelques années après son décès, je ne cesse de m’extasier devant tant de force et de courage.




Vendredi 14/03/2025


La bêtise, la stupidité, l’absence voire le refus de l’intelligence… comment, en un court laps de temps, a-t-on pu ériger tout cela en valeurs sacrées, en mode de fonctionnement prioritaire, au point que le monde semble marcher en s’appuyant dessus un peu partout ? Le mécanisme est peut-être facile à analyser, il ne laisse pourtant d’étonner… En effet, après une période de grande tension mondiale, une grande vitalité de pensée et d’idées surgit, permettant à la fois le débat et le foisonnement de choix de société divers. Cela aboutit à des constructions politiques, sociales, économiques complexes, fondées sur une profonde réflexion et un échange nourri de connaissances. Mais comme il semble, selon un ami philosophe, que la « compétence n’est pas populaire », et bien cette richesse dans la réflexion, cette précision de la pensée finit souvent par devenir « technicité outrée », « jargon de spécialistes », « charabia de technocrates » , ce qui a pour conséquence la méfiance du peuple, le rejet des discours technicistes et donc le mépris pour les gouvernants et les sachants. Le boulevard est tracé pour toutes les démagogies et les dictatures. Et la bêtise triomphe !


lundi 21 avril 2025

 

Mercredi 05/03/2025


Ce matin, dans la salle de bain, il m’est venu à l’esprit des images de lieux paisibles et doux où quelques moments passés dans ma vie m’ont procuré non seulement du plaisir, mais aussi du bien-être et une grande sérénité. Ainsi, cette petite anse à l’est de Gênes, baignée de soleil et où le miroitement de l’eau et l’absence de contrainte temporelle nous ont plongés dans une sorte d’extase coupée des contingences ; ou ces rochers blancs, sur la côte attique, à côté de notre camping et où je passai un très long temps à méditer et à profiter seulement de mon « dasein », de ma présence au monde. Souvent ces lieux sont au bord de la mer, au-dessus des vagues et de leur ressac, souvent l’horizon lointain qui ouvre le regard et l’esprit, s’étend au-delà d’une côte minérale résonnant du clapotis ou du fracas des vagues. C’est mon topos, mon lieu, l’univers qui me ressource.




Jeudi 06/03/2025


En route pour le collège, en route pour retrouver les élèves. C’est avec joie et envie que je pars les retrouver pour la énième fois depuis trente-trois ans ou presque. En début de carrière, m’entretenant avec mes amis en fin d’études, entre thèse, préparation d’agrégation et premiers postes d’enseignement, j’avais affirmé que je prenais un immense plaisir à enseigner, et que le jour où ni mes élèves ni moi n’aurions plus aucune satisfaction à nous retrouver, j’arrêterai l’enseignement pour faire autre chose. Et nous voilà bien des décennies plus tard… Est-ce foi de ma part, est-ce un plaisir égoïste, est-ce une certaine manière d’aborder la transmission du savoir, est-ce la « chance » ou la bonne nature des élèves ? Quoi qu’il en soit, il n’y pas une seule heure où il soit difficile d’entrer en classe, où je me demande ce que je fais là. Disons-le tout net : c’est un bonheur sans cesse renouvelé de faire cours, et j’ai réellement l’impression d’être à ma place dans l’univers.




Vendredi 07/03/2025


Impression soleil levant. L’astre du jour, ce matin, est une grosse orange au-dessus de l’horizon encombré par les toits des maisons et quelques barres d’immeubles. Et l’orange a répandu son jus dans tout le ciel alentour, un jus devenant rose au fur et à mesure qu’il s’étale. Après ce rapide épisode saisonnier de matins enténébrés, voilà que nous revenons à la vie, à la lumière, au feu primordial qu’un titan nous offrit. Mais c’est une autre vie qui commence, semble-t-il, une existence plus pleine, plus riche, remplie de promesses et de leur réalisation. A partir de ce moment, c’est tout le rapport au monde qui change.




Lundi 09/03/2025


Quelques jours bien équilibrés ce week-end : un vendredi en couple, avec courses pour bricoler, projets, plans pour l’avenir ; un samedi entre amis avec un bon restau, à la bourgeoise, comme chez Brel, et un après-midi match de rugby autour de pots de bière ; enfin un dimanche pluvieux, à la maison, à travailler, accomplir de menues tâches ménagères et passer du temps avec ma fille pour construire son avenir tout en échangeant. Un équilibre complet, donc, tous les piliers de mon univers social et affectif étant touchés, dans des cadres tous positifs. Il me semble que notre existence entière devrait s’appuyer sur ce genre d’éléments d’équilibre, quel que soit le cadre, les lieux, les circonstances. L’équilibre de la personne est un puissant facteur de paix intérieure, un inhibiteur de violence. Si chacun l’éprouvait à tout instant, on pourrait rêver à une société apaisée, épanouissante, émancipatrice. Une société idéale qui n’aurait à chercher ses ressorts de progrès que dans l’humanisme, la création, l’art.

dimanche 20 avril 2025

 

Vendredi 28/02/2025


Retour d’un séjour à Paris avec les élèves… l’état d’épuisement physique est total, quant au moral, c’est contrasté. On est partagé entre la joie et le plaisir d’avoir fait découvrir les richesses culturelles de la capitale à des élèves qui en sont globalement sevrés, et l’abattement devant l’inconséquence des enfants de quatorze ans, de ce que leurs parents leur laissent penser : qu’ils sont des êtres autonomes, donc libres de faire absolument ce qu’ils veulent, qu’ils en savent plus que les adultes qui les encadrent, qu’ils seront capables de se sortir de toutes les situations… Or, ce n’est pas la réalité et les parents qui pensent les autonomiser assez tôt n’imaginent pas à quel point ils ne leur rendent pas service. Et toute la société est ainsi à l’avenant...




Lundi 03/03/2025


En même temps que notre grande fille de presque vingt-cinq ans s’installe pour faire sa vie à Paris, elle ne cesse de nous envoyer des signes que la coupure avec sa vie d’enfant est difficile. Là, ce sont les vacances d’hiver passées avec sa sœur et moi, ici, c’est une chanson sur « la famille », ou encore des messages incessants sur les réseaux sociaux. On fait des enfants, on les aime, on a une vie fusionnelle avec eux, mais notre souhait le plus cher est qu’ils puissent être autonomes quand ils seront adultes. Or, cette autonomie suppose un éloignement, une séparation, et lorsqu’on a eu une vie familiale harmonieuse et agréable, cette séparation est évidemment vécue comme quelque chose de douloureux, en même temps qu’elle émancipe, rend libre. Quel moment difficile, contradictoire, écartelant ! Et comme je comprends ma fille, si fière et impatiente de construire sa propre vie, et si chamboulée d’abandonner la douceur de la famille, la douceur de l’enfance ! L’émotion qui l’étreint n’est certainement pas moins grande que celle qui nous étreint aussi, nous, parents. Mais ces douces douleurs sont le sel de la vie, et les accepter c’est grandir, même pour nous.




Mardi 04/03/2025


Peut-être ai-je déjà écrit sur le même sujet depuis une centaine de jours que je rédige ces quelques lignes, mais si ce n’est pas le cas, je vais aborder un sujet qui m’est revenu en mémoire en me lavant les dents ce matin. Lorsque mon père a été rappelé à la maison d’enfants de Beauvallon, à Dieulefit, au début des années 1970, nous avons vécu dans des lieux souvent inadaptés à la famille qui commençait à être nombreuse : arrière d’un bâtiment administratif, immense bâtisse des années 50 appelée « le Belvédère », puis nous avons trouvé un logement qui convenait plus à un couple ayant trois enfants, petits. Il s’agissait d’une ancienne maison forte devenue ferme. Nous logions à l’entresol et au premier étage de la tour, la propriétaire habitait un grand logement formant une extrémité de la cour. Il y avait un atelier et des logements de potiers dans le reste. Je me souviens de ma fascination pour le tour, l’argile montant entre les doigts du potier, le fil permettant de détacher les œuvres du tour. Je me souviens aussi de la fois où la propriétaire, à moitié fermière, avait pendu un lapin à une branche, l’avait estourbi, puis lui avait planté un couteau dans les yeux et la gorge, avant de littéralement le déshabiller de sa toison. C’était horrible, mais j’étais subjugué.

samedi 19 avril 2025

 Jeudi 06/02/2025


Le soleil de ces jours-ci, et la discussion avec un archéologue pendant notre cours de swing d’hier soir, m’ont replongé une bonne quarantaine d’années en arrière. C’était dans le Var, nous campions chez des amis à environ vingt kilomètres de chez nous. Dans la plaine, non loin, se déroulaient des fouilles archéologiques (le lieu est à présent assez connu, les vestiges sont encore visibles et aménagés). Encouragé par ma mère, j’allais y faire un tour en demandant si je pouvais aider à quelque chose. On me mit au dégagement d’un tas de tuiles romaines conséquent, ce qui me ravissait, mais semblait laisser de marbre les professionnels. Et là, toute la journée, je grattais, je dégageais, je déblayais, et le passé ressuscitait sous mes doigts, dans cette terre noire et sèche. Je me souviens qu’il faisait chaud, mais on oubliait le temps, obnubilés que nous étions par l’envie de mettre au jour quelque chose, même d’indéterminé, même d’inutile, mais quelque chose de surgi des temps anciens, comme pour les abolir. L’archéologie crée ce raccourci vertigineux entre le présent de la fouille et l’indéfinissable passé qui remonte à la surface sous la pioche. Ce vertige temporel est probablement ce qui est le plus passionnant dans cette science humaine.




Vendredi 07/02/2025


Petite tension intérieure, ce matin, en montant dans le train : je me suis aperçu que je n’avais pas renouvelé mon abonnement au train depuis hier. Je suis donc en infraction pour un jour, et de manière totalement involontaire. Mais ce petit pincement, cette crainte d’être pris en faute… tout ceci est assez excitant. On a l’œil qui furète partout pour vérifier qu’il n’y ait pas de contrôleur, on se sent hors-la-loi… Cette impression, avec les sentiments qui en naissent, me semble stimulante. On est déstabilisé et on essaie d’anticiper la manière de retrouver l’équilibre, on est sur le point d’être pris en faute et l’on se projette dans l’avenir, pour éviter ce genre de situation, on essaie d’apprivoiser l’émotion, on réfléchit à la relativité des choses et on remet à sa juste place ce dont on se faisait une montagne. On apprend le stoïcisme, et ce n’est pas la pire des mésaventures.




Lundi 24/02/2025


Retour de vacances, retours de séjours pleins et riches. Quelques jours au ski, d’abord, avec mes deux filles, quelques jours d’activité physique en altitude, de vitesse sur les pistes, de paysages grandioses, de découvertes de recoins cachés entre deux hauteurs, derrière un épaulement, un bois. Et puis le côté douillet du retour au logement, au chaud, à rire et profiter de notre simple présence, ensemble. Au milieu des flocons, entre une fondue et une crêpe avec un vin chaud, ce fut un moment de plaisir doux mais intense. La suite fut tout aussi gastronomique et jouissive : une semaine à Malaga, entre culture et plage, régals locaux et bodegas. C’est le genre de séjour positif sur tous les plans : on reste installé dans un lieu fixe et pratique, dans une ville aux multiples attraits, le temps s’écoule à notre rythme, on ne fait que profiter des choses, sans contraintes. Les yeux s’ouvrent, les papilles frétillent, le corps et l’esprit marchent à l’unisson sous un ciel clément et dans une nature accueillante. Le Bonheur !

vendredi 18 avril 2025

 

Lundi 03/02/2025


Février, déjà ! Il me revient en mémoire un mois de février d’il y a environ quarante-cinq ans. Nous étions à Pierre-Grosse près de Molines, dans le Queyras. C’était une fin de journée et ma mère m’avait laissé rentrer seul à l’appartement que nous louions, pour la première fois peut-être, puisque, auparavant, nous étions logés dans la maison d’enfants où mon père travaillait. L’appartement n’était pas loin des pistes, il fallait traverser un petit champ de neige, particulièrement épaisse dans ces contreforts du col Agnel. Je m’aventurai donc, à tâtons, mains nues, car j’avais laissé mes gants je ne sais où, et j’arrivai au pied du petit immeuble avec les mains dans un état proche de celles d’Herzog au retour de l’Annapurna. Heureusement, je retrouvai ma mère à l’appartement. Affolée, elle mit mes mains au-dessus d’un radiateur chaud, avant de les passer sous l’eau tiède puis chaude d’un robinet. Je mis du temps à récupérer l’usage de mes doigts, dans la soirée, mais tout se termina bien. Ce genre de souvenir est lié au mois de février…




Mardi 04/02/2025


Tons à la Turner, ce matin, ciel limpide, orangé tirant sur le violet, avec quelques nuages au-dessus de l’horizon qui semblent la trace de coups de pinceau rapides, striant la toile en touches arrondies, une toile de maître. Pourquoi la contemplation de la beauté naturelle ou artistique nous plonge-t-elle dans ces abîmes de sérénité et de plaisir ? Remarquons tout d’abord qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une grande culture pour savourer ces moments de contemplation intense, même si un minimum de fréquentation des œuvres enrichit l’expérience. Plus que cela, c’est l’occasion de ressentir pleinement la satisfaction d’être au monde, l’ancrage dans l’univers par une adhésion des sens et de l’esprit à une forme de beauté, quelle qu’elle soit, beauté dont la définition pourrait simplement être celle-ci : un spectacle créant la connexion la plus profonde entre l’intériorité et l’extériorité de l’être, créant chez lui un sentiment intense de plénitude, c’est à dire de connexion essentielle avec l’univers. La beauté est une forme d’idéal bouddhiste.




Mercredi 05/02/2025


Discussion avec une collègue, réflexion, soleil : pas le temps d’écrire aujourd’hui...

jeudi 17 avril 2025

 

Mercredi 29/01/2025


La lumière naissante à l’horizon oriental donne au ciel des teintes pastel remarquables. Un très léger oranger flirtant avec le vert gagne du terrain sur un bleu-violet qui se fait de plus en plus lumineux, clair, chassant la nuit vers l’ouest. De plus, la pureté de l’air après la pluie et le vent rend toute chose nette et en montre la découpe parfaite. La moindre fumée s’élève en contre-jour sur un ciel immaculé et saumon, les arbres encore nus se détachent sur cette obscure clarté qui va donner le jour. Le monde est beau.




Jeudi 30/01/2025


Hier matin, quatre heures ont été occupées à écouter des élèves, des adolescents parler de leur première approche du monde du travail. Aucun de ceux que nous avons interrogés n’a dit ou manifesté quoi que ce soit de négatif. Au contraire, tous ont mis du cœur à l’ouvrage pendant leur stage, et lors de cet entretien. Ils se sont investis, se sont passionnés parfois. Ils ont parlé d’une expérience souvent inédite pour eux, mais surtout des émotions ressenties pendant cette période où ils sont apparus comme de jeunes adultes. Et, en retour, quelle émotion à les entendre s’exprimer avec un aplomb un peu forcé, expliquer leurs activités avec des termes précis et techniques montrant leur expertise toute neuve et parfois maladroite ! On eût dit des papillons sortant de leur chrysalide de manière gauche et empruntée. C’est avec attendrissement qu’on les regardait essayer de garder une contenance fragile, mais annonçant déjà les adultes qu’ils étaient en train de devenir. Un moment riche et émouvant !



Vendredi 31/01/2025


Archéologie et littérature. Il me plairait fortement d’écrire quelque chose là-dessus. Outre que ce sont là deux domaines que j’affectionne particulièrement, il me semble que les démarches sont complémentaires. Nous avons d’un côté l’utilisation d’un matériau, le langage, pour composer une œuvre, pour faire sortir du magma de la pensée en marche un objet cohérent et transmissible, riche de sens, et de l’autre des objets cohérents, riches de sens, dont on cherche l’explication pour la transmettre dans une pensée qu’on veut la moins magmatique possible. Des démarches complémentaires, donc, et qui me semblent intimement imbriquées, au moins dans mon esprit. Il y aurait tellement à dire sur la présence fascinée et fascinante de l’archéologie dans la littérature, la bande dessinée, voire l’art en général, et la dimension littéraire évidente de l’archéologie, depuis les sources écrites jusqu’au « style » des rapports de fouilles, en passant par l’énorme culture littéraire qui sous-tend cette science humaine. Un gros travail à faire, donc, passionnant et si ouvert.

mercredi 16 avril 2025

 

Vendredi 24/01/2025


Je l’ai déjà écrit, mais aujourd’hui, je m’interroge réellement sur l’intérêt de ce que j’exprime ici. D’autres n’ont-ils pas plus de talent pour faire naître les émotions ? D’autres n’ont-ils pas plus de maîtrise dans l’écriture pour exprimer leurs idées clairement, et des idées originales, utiles ? En un mot : l’ennui ne guette-t-il pas à chaque coin de mes phrases ? Disons que je vais faire comme si… et que je vais continuer à m’épancher ainsi. Peut-être qu’à travers des récurrences, des thématiques, une manière d’exprimer une idée ou de raconter un fait, un certain intérêt pourra surgir. Peut-être que mes doutes sont infondés et que ce que j’écris peut tout de même avoir une certaine valeur… Qui sait ? Si « tout est dit... » et si « on vient trop tard... » depuis tant de millénaires d’écriture, comme dirait l’autre, alors en effet il ne sert plus à grand-chose de s’exprimer, et pourtant j’en éprouve toujours le besoin. Immense orgueil, besoin de combler un manque, plaisir insondable d’écrire ou traduction d’une angoisse du néant, entre tout ceci, chacun choisira.




Lundi 27/01/2025


Une nouvelle journée, une nouvelle semaine, et au vu du temps une nouvelle saison démarrent une nouvelle fois. La répétition du même est sans conteste rassurante, c’est le rocher d’Ulysse à quoi s’accrocher quand la tempête fait rage. Mais cette répétition nécessite de la nouveauté pour être viable. Le retour du même est sclérosant, angoissant, comme dans Un jour sans fin, où la répétition du même jour devient littéralement invivable pour le héros. Ainsi donc, comme il a été dit, « la treizième revient, c’est toujours la première... », la stérilité de l’éternel retour porte en elle les germes de la nouveauté et de la créativité. Si le raisonnement semble jésuite, il a le mérite d’ouvrir vers un avenir positif sans renoncer au désir de sécurité dont chacun a besoin. Et cette vision optimiste me plaît.



Mardi 28/01/2025


L’adolescence, dans notre maison familiale de Signes… C’était d’abord une réclusion volontaire pendant le temps libre, réclusion qui n’excluait pas la nécessaire fréquentation de mes contemporains, au collège, dans le car nous y conduisant, et la volontaire participation à l’aventure footballistique des jeunes de notre village. Mais il s’agissait plutôt d’une réclusion choisie. En effet, notre maison pluriséculaire offrait tellement de possibilités de divertissement qu’en sortir ne me venait même pas à l’esprit. Il m’arrivait de fouiller les caves à la recherche de véritables trésors : vieilles pièces, lorgnons du dix-neuvième siècle, journaux littéraires depuis le début du vingtième siècle, vestiges archéologiques… ou bien je m’installais au grenier, sur une échelle, la tête et le buste émergeant à peine de la lucarne du toit, photographiant les oiseaux en vol, et observant la forêt avec une longue-vue. Le jardin offrait un terrain d’observation d’insectes, ou de reptiles, sans pareil. Et puis nous jouions avec mes frères à nous poursuivre de la terrasse aux fenêtres des chambres, via la tonnelle que nous martyrisions. Cette immense bâtisse était le lieu de toutes les découvertes, de toutes les expériences. Elle l’est encore.


mardi 15 avril 2025

 

Lundi 20/01/2025 et mardi 21/01/2025


Hier, nous avons regardé un film sur Simone Veil, un « biopic » de qualité qui abordait tous les aspects de cette vie extraordinaire. À un moment, alors qu’elle est dans un kibboutz israélien pour aller voir son fils, Simone Veil déclare être agnostique et ne partage que dans une certaine mesure la ferveur religieuse des jeunes réunis. Mais on voit bien l’émotion qui la prend au milieu de cette douce mais ferme manifestation de foi qui soude une communauté au-delà de tout clivage, parce qu’il s’agit du spirituel. Pour ma part, je ne parlerais pas d’agnosticisme, mais d’athéisme. La manière dont je conçois le monde n’admet pas la présence d’une transcendance supérieure, au-dessus de l’humanité. L’univers est régi par des forces physiques, que l’homme a bien du mal à définir parfois, et qu’il découvre progressivement, mais ce ne sont que des lois physiques qui interagissent et qui créent un fonctionnement global plus ou moins harmonieux. Il ne tient qu’à notre cerveau de les concevoir et de les vérifier, qu’à notre pensée de définir une morale, une éthique, une façon d’être dans cette grande collectivité.



Mercredi 22/01/2025


Cinq ou six minutes pour aborder le sujet de l’émotion artistique… nous verrons bien. Si art et artifice voisinent de façon évidente, c’est parce qu’il renvoient tous deux à une même opération : créer un univers parallèle à celui que notre conscience perçoit, tristement mécanique et prévisible. Cet univers recréé est une projection de notre conscience, projection fantasmée, abstraite, pur objet de nos pensées, mais qui n’en offre pas moins sa propre logique et un réseau de sens parfois inextricable… Le récepteur de l’œuvre est donc confronté à cette complexité, c’est tout son être qui est sollicité, toutes les parties de sa personne, et c’est ainsi que peut naître, ou pas, l’émotion esthétique. Les « capteurs » sensibles du récepteur sont alors excités, la conscience essaie de gérer le choc, mais doit se ressaisir, pour rationaliser l’expérience, on convoque sa culture, ses habitudes, et cette perturbation de la sensibilité par la raison, et de la raison par la sensibilité, crée l’indicible émotion artistique.




Jeudi 23/01/2025


Pour nous endormir, ma mère nous racontait des histoires qu’elle avait imaginées. Ceci n’est pas en soi très original, beaucoup de parents le font. Mais cela reste souvent éphémère et ces petites histoires disparaissent très vite. Ma mère, cependant, avait pris soin de les noter, de les rédiger, et nous possédons encore ces quelques manuscrits. En retombant dessus, de temps à autre, c’est tout un pan de mon enfance, de notre histoire familiale, qui refait surface. Le douillet du lit, la crainte confiante en cette pénombre qui portait en elle un doux sommeil et de possibles angoisses ou cauchemars, mais aussi l’odeur de ma mère penchée sur moi, son haleine, le timbre de sa voix. Et toute cette épaisseur, cette présence incarnée, redevient palpable à la lecture de ces manuscrits qu’il faudra un jour rendre publics, au moins pour que ces souvenirs de chaleur humaine trouvent leur écho dans le cœur du plus grand nombre.

lundi 14 avril 2025

 

Mardi 14/01/2025


Il est des lieux qui imposent respect et humilité. Depuis tout petit je ne suis jamais entré dans une église sans ressentir dans ma chair le caractère sacré des lieux. Ma mère m’a toujours raconté que je levais l’index, bébé, dans les lieux consacrés. Plus tard, face au mur des lamentations, j’ai ressenti comme une bouffée intense d’émotions indéterminées, devant la ferveur des juifs priant, le son des cloches d’églises sonnant à toute volée, et dominé par le Dôme du Rocher et la mosquée Al Aqsa. Cette densité de foi irrationnelle m’a toujours fortement impressionné. Que signifiait ce doigt tendu vers le ciel ? Bébé, enfant, je n’avais aucune notion de théologie, aucune idée de ce que « là-haut » pouvait signifier pour les croyants. Alors pourquoi ce signe ? L’enfance a ses mystères...




Mercredi 15/01/2025


Ces derniers jours, j’ai l’impression d’être emporté par la vague du temps, d’être ballotté comme dans ces fascinants rapides des gorges du Niagara où l’on imagine que l’on a à peine le temps de sortir la tête pour replonger immédiatement dans le maelstrom. Les choses s’enchaînent… des événements ayant plus ou moins d’importance mais qui occupent les rares moments de temps libre. On a l’impression d’une course sans repos pour des broutilles. Il va donc falloir se poser un moment, faire quelque chose de marquant, mais qui rompt ce flot incessant. L’excès d’activité, l’occupation permanente et trépidante, aboutissent en réalité à une certaine stérilité, non pas au niveau de l’efficacité de nos actes, mais du point de vue du sens qu’on leur donne, de la profondeur et de la densité conférées à chaque moment que nous vivons et qui lui donnent son prix.




Jeudi 16/01/2025


Un fait étrange s’est produit il y a quelques jours. Après avoir contacté des psychologues du quartier pour l’établissement d’un test, j’ai eu la surprise de recevoir une réponse qui n’avait rien à voir avec ma demande. Ce monsieur s’étonnait à la lecture de mon nom, me demandant si mes parents n’avaient pas été éducateurs, se souvenant que mon père était mort assez jeune, et se rappelant le prénom de ma mère. Tout concordait. Quelques échanges plus tard, j’appris qu’il avait été leur collègue au milieu des années 1960 et qu’il m’aurait vu naître (ce sur quoi j’ai de gros doutes…). Bref, c’était tout un pan d’un passé ignoré que commençait à révéler cet échange. Les sentiments étaient mêlés, entre excitation, curiosité, et crainte d’ouvrir une porte sur l’inconnu. Pour l’instant j’attends d’avoir un peu plus de temps pour approfondir le sujet. Mais c’est ce qui est passionnant dans ce désir de creuser le temps pour découvrir des pages qui n’ont jamais été lues, pour faire revivre des moments qui attendaient, tapis dans l’ombre, de revenir à la lumière pour enrichir notre vision du présent ou de ce que nous sommes. L’histoire, l’archéologie, autant de clefs qui ouvrent ces portails vers le paradis ou l’enfer, quoi qu’il en soit vers quelque chose de neuf ! Le passé comme nouveauté... intéressant programme !




Vendredi 17/01/2025


Une véritable maladie : dès que je prends mon stylo, j’ai l’impression que mon esprit guide ma main inexorablement, que cette main court, court, sans pouvoir s’arrêter. Mes écrits ne sont peut-être pas révolutionnaires, mais pour moi c’est une nécessité absolue de coucher ces mots sur le papier, de les regarder s’égrener. C’en est même un plaisir physique, sensuel. Cela doit probablement paraître lunaire à ceux qui ont du mal avec l’écrit, c’est compréhensible, mais pour ma part, c’est presque une jouissance d’aligner les phrases, de suivre leur musique et le flux qui les fait couler sur la page. Et ce plaisir conjugue deux éléments essentiels de ma réflexion : la trace qu’on laisse, qui résiste au temps, et la recherche de la plus grande densité possible donnée à l’instant.

dimanche 13 avril 2025

 

Vendredi 10/01/2025


Il me revient à l’esprit un moment de vie familiale récurrent dans la seconde moitié des années 1970. Nous avions école le samedi matin et nos parents avaient l’habitude, après nous avoir récupérés, de nous emmener « Chez Pagès », un café de la place Châteauras à Dieulefit. C’était une fête à chaque fois, les parents savaient comment créer ces petits moments de bonheur, si importants dans la construction de l’individu. Lorsque nous entrions, cela sentait toujours un mélange de tabac froid, de quelque chose de sucré (du sirop séché ou de la bière), d’alcool s’évaporant doucement. Nous prenions un sirop ou un Orangina pendant que ma mère choisissait invariablement un « Vichy-fraise », au goût sucré-salé si caractéristique. Mon père, dans mon souvenir, prenait un pastis. Tout le monde picorait des cacahuètes avec leur fine membrane sèche, qui trônait dans une coupelle en plastique. Et puis nous allions contempler (plus rarement jouer avec…) les premiers jeux vidéos d’arcades qui arrivaient en France : le « casse-brique » et le « tennis ». C’était un moment rituel et magique, le début joyeux du week-end.




Lundi 13/01/205


Effrayant d’entendre un grand dirigeant d’entreprise du net vanter les valeurs du « virilisme », du « masculinisme », de la violence, qui serait de bons stimulants pour l’économie. Outre le serment d’allégeance que cela constitue vis-à-vis d’un pouvoir borné, stupide, inculte et tout bonnement fasciste, cela révèle aussi à quel point la communication tronquée et la fascination du discours pour lui-même, peuvent aboutir à la prise de décisions catastrophiques et qui heurtent le bon sens intelligent. Les nuances, les cas particuliers, la complexité des choses, tout ceci est balayé par la simplification, le schématisme, la caricature de la réalité, ne pouvant aboutir qu’à des prises de position simplistes et elles-mêmes caricaturales. Voilà comment démarre la voie vers le totalitarisme, via les discours populistes, que tout le monde peut facilement faire siens, acceptant le fait qu’il existe des « vérités alternatives », donc que tout est relatif, que tout se vaut, donc que plus rien ne fait sens. Le paradis des Brutes !


samedi 12 avril 2025

 

Mercredi 08/01/2025


Nous avions, hier, entre collègues, une grande discussion sur les pédagogies alternatives, fondées sur l’envie individuelle, la liberté de choix des activités, comparées au carcan que représenterait un prétendu « système traditionnel » plus dirigiste et plus coercitif. Mais rapidement cela posa la question d’une société de totale liberté. Un idéal, certes, le souhait de tous, mais la liberté totale est-elle compatible avec une vie collective ? Rousseau nous a aiguillés dans cette réflexion, son contrat social est un point d’aboutissement de première importance en ce qui concerne cette articulation liberté/contrainte. Et au-delà, imaginons une société de complète liberté. Cela ne fonctionnerait qu’à condition que chacun ait une conscience absolue de la responsabilité individuelle, c’est donc un problème avant tout d’éducation. Et allons encore plus loin : quel serait le destin et l’histoire d’une telle société ?




Jeudi 09/01/2025


Comment ne pas être fasciné par les transformations du monde qui s’opèrent sous nos yeux ? Le plus grand groupe de réseaux sociaux au monde annonce qu’il met fin à la vérification des informations par des spécialistes (« fast checking »), remplacée par un système d’évaluation collective. C’est vertigineux, cela revient à nier les compétences morales et professionnelles des fast checkers, cela revient à soumettre la vérité à l’appréciation d’une « opinion » globale, à rendre cette vérité « alternative » comme le disait l’instigateur de ces bouleversements aberrants dans la perception du monde, comme le disait cette bête brute qui a réussi à manipuler l’opinion son propre pays pour se faire réélire. On veut donc nous faire croire que toutes les opinions se valent, que chacun peut avoir sa vision du monde sans tenir aucun compte des constructions intellectuelles qui ont permis à un si grand nombre d’humains de vivre ensemble, avec une pensée nuancée et complexe, à hauteur de chacun. Mais tout relativiser et dire qu’il n’y a que des « vérités alternatives » revient à ne vivre que dans la « croyance », une forme de religion, et c’est à cela que nous réduisent les grands dirigeants des grandes entreprises de réseaux sociaux : ne vivre que dans la croyance, c’est à dire dans l’obscurantisme.


vendredi 11 avril 2025

 

Lundi 06/01/2025


Sous la douche, ce matin, je pensais à nos petits travers et à la perception que les autres en ont. Pour ma part, j’ai de petites habitudes fondées sur des raisonnements, une logique, qui, je le conçois, peuvent apparaître comme des signes de maniaquerie stupide pour les autres. Et cela me conduisit à réfléchir à la bêtise et à sa perception, à celle des autres, souvent insupportable, et à la nôtre souvent imperceptible. Viennent à l’esprit les œuvres de Faubert sur la bêtise, formidables miroirs de notre crainte à tous : en quoi suis-je un imbécile ? Ce qui me semble logique et rationnel ne paraît-il pas stupide et insensée à quelqu’un d’autre ? On est toujours un idiot pour autrui et cela devrait suffire à nous plonger dans la plus profonde humilité.




Mardi 07/01/2025


Me revient en mémoire un épisode de mon adolescence particulièrement marquant, d’autant qu ‘il avait dû bien en coûter à ma mère qui commençait tout juste à se remettre dans le bain du monde du travail, après le décès de mon père. C’était en 1983 et, mes frères et moi, avions trouvé une publicité, probablement dans le Journal de Mickey, pour des stages de foot parrainés par Michel Platini. C’était à l’époque LA star mondiale du football, après la coupe du monde en Espagne. Nous n’osions espérer que ma mère puisse nous offrir ce rêve… Eh ! Bien, elle le fit ! Quel sacrifice ce fut probablement pour elle, financier et personnel, car le cocon familial protecteur disparaissait pendant une semaine. Mais pour nous… quel bonheur immédiat : du foot toute la journée ! Des copains de nos âges ! Une colo sur mesure ! Et la cerise sur le gâteau, en fin de semaine : la venue du maestro, de Platini en personne tapant quelques balles avec nous. Ce sont de tels moments qui vous donnent l’impression d’être éternel. La futilité porte parfois l’éclat des gloires ineffables.

mercredi 9 avril 2025

 

Jeudi 19/12/2024


Les fêtent reviennent donc, et avec elles le sentiments de se fondre dans une tradition familiale, une suite de moments inscrits dans l’histoire, et qui changent peu à peu sans tout à fait changer. Nous possédons des photos et même des films des années 1940/1950 montrant les membres de la famille pendant les festivités. On y retrouve les mêmes yeux écarquillés , les mêmes rires chez les enfants, les mêmes sourires amusés, la même envie de faire la fête qu’aujourd’hui. Sur un film de la fin des années 40, mon grand-père découpe une dinde en mimant un accident de couteau et un éventrement, dans l’hilarité générale. Cette scène s’est déjà probablement produite au cours de nos retrouvailles actuelles et rien ne dit que cette année encore… Sur des photos d’il y a plus de soixante-dix ans, on voit ma mère, ses frères et ses cousins, en extase quasi religieuse vers ce qu’on devine être un sapin illuminé. Nos enfants, malgré leur âge, font de même aujourd’hui !




Vendredi 20/12/2024


Hier soir, notre aînée est revenue dans la famille pour une semaine. C’est comme si le cocon s’était refermé, comme si la porte de la chambre s’était close. La chaleur de naguère est revenue, l’unité a été retrouvée.C’est inexplicable et irrationnel, à peine une sensation, mais le fait est que les non-dits, la communication à bas bruit, l’impression puissante d’une fluidité dans les rapports, et d’une complétude sont à nouveau perceptibles. L’approche des fêtes, et des réjouissances qui les accompagnent, y est certes pour beaucoup, mais il y a autre chose, un liant, un précipité qui nous agglomèrent quand nous nous retrouvons tous les quatre, quelque chose qui unit naturellement et qui rend l’existence chaude et fluide. Un constituant du bonheur, certainement. Il faut savoir saisir toute la densité de ces instants.


 

Jeudi 12/12/2024


A propos d’une petite divergence d’opinion avec quelqu’un de ma famille, je me faisais la réflexion que ce qui fait nos goûts littéraires est probablement à chercher dans nos premières lectures. Je me demandai alors ce qui pourrait correspondre à mes goûts actuels dans les livres que je lisais enfant. Aujourd’hui j’aime une littérature qui a du souffle, avec un côté épique, quelque chose qui « ouvre », d’un peu grandiose, mais sans oublier un ton, une voix, une façon de narrer personnelle, voire avec une certaine distance, et même pourquoi pas de l’humour, signe de cette distance. Bref, il me faut un style et du souffle. En me remémorant mes premières lectures, je me souviens de l’Aventure à portée de main que je retrouvais dans les séries d’histoires du « Clan des sept » ou du « Club des cinq ». Je dévorais ces petits livres de la Bibliothèque rose, pour passer à ceux de la Bibliothèque verte (« Larry J. Bash »…). Manquait le style… Et puis en entrant au collège, je découvris les romans de Jules Verne, je fus emporté loin, vers les contrées les plus exotiques, dans des intrigues qui défiaient tout logique, et avec des personnages qui n’étaient pas exempts de défauts, malgré leur héroïsme, le plus souvent. Cette ironie stendhalienne rendait la lecture de ces aventures agréable, plaisante, voire amusante. Et de nos jours, c’est ce qui me semble manquer chez beaucoup d’auteurs : ce souffle et cette distance.




Vendredi 13/12/2024


Hier midi, en me faisant une omelette baveuse, je me suis souvenu de quelques rares préférences culinaires de mon père. Le temps où je l’ai connu fut assez court, mais je me rappelle certains de ses goûts en matière de nourriture. Il voulait toujours que son omelette soit baveuse, il adorait aussi manger les œufs à la coque pour se faire, et surtout NOUS faire des mouillettes. Il aimait racler la partie blanche, légère, du camembert. Je le revois passer le couteau sur ce pauvre fromage pour lui enlever la peau, laissant des stries en relief. Il appréciait aussi les « omelettes norvégiennes », dessert compliqué car glacé ET passé au four. Mais malgré la difficulté de la tâche (c’était toujours une longue cérémonie quand nous en mangions), je me souviens que c’était quelque chose qu’il aimait vraiment beaucoup. Il achetait du vin en « cubi » et avait tout un appareillage pour le transvaser dans des bouteilles soigneusement rebouchées. Leur lavage et leur utilisation nécessitaient du temps, entre la manipulation de l’écouvillon, l’if pour les faire sécher, la collection de bouchons neufs et propres… toute une aventure ! Le temps a passé, mais tout ceci reste dans mon esprit aussi frais qu’à l’époque.




Lundi 16/12/2024


Drôle de sensation, ce matin : le train, pris deux heures plus tard que d’habitude, me fait arriver à la gare dans une ambiance particulière. La vie bat déjà son plein, le soleil inonde les voies et les rues sur lesquelles se pressent des passants de tous âges, l’œil est plus ouvert, l’esprit plus alerte que d’ordinaire. On est sorti de « la nuit du tombeau » pour entrer dans « l’azur, l’azur, l’azur » de cette belle journée ensoleillée. Elle prolonge un week-end qui fut lumineux, sur tous les plans, avec une journée passée entre amis, une autre dans la lumière du grand soleil, dans le jardin, et quelques occupations domestiques qui ont permis de bien se reposer… La lumière, en décembre, peut paraître contre nature, mais notre région nous permet d’en bénéficier fréquemment et l’on se rend compte à quel point elle est vitale quand trois jours nuageux nous plongent dans un marasme moral que seul un coup de Mistral peut balayer. La lumière, c’est une vision large, claire, des choses, c’est pouvoir porter son regard loin, au-delà des évidences, c’est avoir l’esprit léger et glissant jusqu’au seuil de l’infini. La vie dans ce qu’elle a de plus beau.




Mardi 17/12/2024


Dans une semaine, c’est le réveillon de Noël. Nous nous retrouverons tous en famille, autour de la grande table achetée par mes parents il y a presque cinquante ans. Ce sera probablement une soirée affairée, peut-être tendue, mais aussi pleine de plaisanteries, de rires et de surprises. Chacun sera à sa tâche, culinaire d’abord, puis pour l’organisation de la soirée. Il y aura le repas avec de grandes discussions… Ces rassemblements rituels sont primordiaux pour la construction et la stabilisation de chacun. Ils sont les constituants d’une expérience commune qui s’élabore tout au long de la vie, ils sont le ferment actif d’une conscience d’appartenir à un clan, un groupe, ce qui rassure et réconforte, ils sont l’occasion de confrontations salutaires qui évitent les crispations dues à l’éloignement et à l’isolement. Vivement les fêtes !

mardi 8 avril 2025

 

Mardi 10/12/2024


Quand donc ai-je pris le train pour la première fois de ma vie ? Le souvenir en est nébuleux… Je crois que c’était pour descendre de Montélimar vers le sud, mais où ? Marseille ? Probablement. Toulon ? Moins sûr. Il me semble aussi qu’il y avait ma grand-mère… bourgeoise mal dégrossie, revêche par usage, affectueuse quand bon lui semblait, se fâchant toujours au meilleur moment. J’ai donc l’impression qu’elle était là, lors de ce premier voyage en train, mais ce n’est peut-être qu’une impression. Ensuite, le train fut pour moi le quotidien de mes deux premières années de khâgne à Nice. Et c’était le train à l’ancienne : compartiments, militaires couchés partout empêchant la circulation dans les couloirs, odeur de transpiration et de cigarette dans tous les coins. Des trajets festifs avec les amis varois, de grandes conversations et des fous rires, des projets et des rêves ? Parfois on s’endormait. Il y eut aussi les trains de nuit pour Venise, les TGV entre Paris et le sud… Ce roulis discret des trains modernes qui vous font traverser la nuit sans que vous vous en aperceviez.




Mercredi 11/12/2024


Magie des heures nocturnes : les fenêtres illuminées laissent voir les intérieurs qu’on ne peut distinguer de jour. Que l’on passe le long des bâtiments dans un véhicule, quel qu’il soit, ou qu’on les longe à pied, avec un rythme plus apaisé, il y a quelque chose de plaisant au spectacle de l’intimité dévoilée. Peut-être est-ce un plaisir voyeuriste, une jouissance de voir le caché, ce qu’il y a de plus personnel, mais l’intérêt ne me semble pas se réduire à cela. Ce spectacle relève aussi de l’étude sociologique, de la dissection sociale. C’est une coupe stratigraphique, un vivarium social, qui permet d’observer les goûts, les permanences, les invariants, mais aussi les spécificités, les originalités, le caractère unique de chacun.

lundi 7 avril 2025

 



Mercredi 04/12/2024


La nuit est à présent le décor de mes allers matinaux et de mes retours vespéraux. Sentiment étrange de se mouvoir dans univers confortable, presque ouaté, dont les contours sont les bâtiments éclairés ou le dôme étoilé. Parfois on se sent bien, dans la nuit, surtout dans univers urbain, clos, borné, dans lequel on glisse entre les murs et les passants, dans cette obscure clarté des villes.




Vendredi 06/12/2024


Journée chargée que celle d’hier, entre manifestations, annonce présidentielle paternaliste et sport du soir… Des choses se sont passées. Et justement,il est étonnant de voir à quel point les confusions, volontaires ou non, sont fréquentes chez nos dirigeants. Ce jeune homme qui s’exprimait hier depuis l’Élysée s’est visiblement complu à un exercice de remontage de bretelles pour son peuple, un peuple qui l’a mis aux responsabilités, un peuple apparemment irresponsable et qui n’a pas la large vision de ses hauts dirigeants, et donc qui a eu tort de jouer avec le droit de vote. Or si certains ont joué et jouent encore avec la démocratie, c’est bien l’ensemble de nos ministres, députés, président ou sénateurs… On détourne le choix des électeurs, on parle en leur nom pour mieux imposer des choix personnels. Une démocratie met n’importe qui en position de décider, c’est sa grande vertu, c’est aussi son talon d’Achille. Si l’on n’est pas doté d’une conscience morale hors du commun, on peut imposer n’importe quelle idée plus ou moins dangereuse sous le couvert du vote populaire. C’est la voie royale pour les tyrans de tout poil, et pour les Césarions donneurs de leçon. Même l’impopularité, paradoxalement, devient un levier pour imposer ce qu’on prétend être bon pour le peuple… mais qui n’a sûrement « pas compris »…




Lundi 09/12/2024


Un week-end festif s’achève : illuminations partout, concert, gourmandises, famille et amis. Et pendant ce temps les médias nous renvoient une image du monde bien chaotique et malheureuse… Il peut sembler ridicule de condamner les guerres et les conflits, les régimes autoritaires ou dictatoriaux, on peut toujours caricaturer le discours : « la guerre, c’est pas bien ! », « les tyrans sont de mauvaises personnes ! », mais comme souvent la moquerie et la critique négative n’apportent rien de plus que ce qu’elles ridiculisent, et même pire : elles ruinent l’indignation et font taire les volontés de changement. Alors, oui, disons-le : comment accepter cette violence inarrêtable qui guide les peuples et les individus ? Comment se faire à l’idée qu’une partie de l’humanité doive vivre dans la violence et le malheur perpétuels ? Le choix de fonctionnements fondés sur la coercition, la violence, la peur, la terreur est le choix de dirigeants qui ont toujours intérêt à ce que le peuple vive dans la crainte, et c’est d’ailleurs ce qu’il se passe dans nos sociétés pacifiées mais où l’on invente des motifs de peur et d’inquiétude pour mieux justifier les jeux d’intérêt. La conclusion est limpide : si l’on ne veut plus vivre ainsi, il faut supprimer l’argent et ce qui procure de la richesse, supprimer ce qui donne tout pouvoir, et la soif de domination qu’il suppose.

Jeudi 03/07/2025 Après quelques jours d’infidélité, je retrouve le train, et cela pour la dernière fois cette année. Ces quelques lign...